CHAPITRE PREMIER
Discredit du mot et de I'id^e m6me de progrfts. — Exag6rations, abus et folies. — Importance d'une s6v6re analyse de rid6e du progr^s. — Limites de la question. — Exclusion des r6ves et des chim6res. -- L'humanit6 transfigur^e, les voyages a travers les astres. — Nul rapport entre le progrfes humain et le progr6s sid6ral ou m^me le progrfes zoologique et g6ologique. — Des formules oii la nature et Thomme sont assujettis k une m6me loi de progr^s. — Herbert Spencer. — Proudhon. — Renan. — Le P. Gratry. — Point de passage du progr^s zoologique au progrfes intellectuel et moral.— Difference entre revolution et le progrfes. — Le prggr6s n'est pas une loi de I'univers.— NuUe loi m6canique ne r6git, nulle figure g6om6trique ne repr6sente la marche du progrSs. — Vicissitudes, intermittences,flux et reflux, quine s'expliquent que par I'intervention de la liberty. — La raison du progrSs dans la nature mdme de Thomme. — Le progr^s, facult6 par excellence de I'homme, devoir qui resume tons les autres. — Le progrfes n'est pas une cause hi une religion. — IdolAtrie et superstition du progr^s.
Dans Tetat actuel des esprits, des ^mes et des moeurs, que faut-il craindre ou que faut-il esperer pour Tavenir? La civilisation moderne, avec toutes ses conquetes, est-elle desormais k Tabri,
2 MORALE ET PROGRfiS
sinon de certaines oscillations, au moins de quelque grande chute? Marchons-nous en avant, vers le mieux, d'un pas ferme et sur, ou sommes-nous menaces de re tourner en arriere versla barbarie? En quoi consiste le progres lui-meme? Que restet-il du progres, quand on a mis de cdte les chinieres? Ou est-il et ou n'est-il pas? Quel est son domaine propre, quelles sont ses conditions et ses limites?
Ces questions assurement ne sont ni d'aujourd'hui ni d'hier ; sous une forme ou sous une autre, elles appartiennent a tons les ages de I'humanite. Cependant elles s'imposent plus vivement a Tattention des meilleurs esprits dans des temps semblables a ceux ou nous sommes, dans les grand^s crises, a la veille et au lendemain des catastrophes. En examinant ces questions, en analysant I'idee du progres, nous aurons a combattre bien des illusions, nous aurons a signaler bien des dangers et des ecueils ; il nous sera difficile de traiter bien s6rieusement telle ou telle theorie ou doctrine du progres ; mais nous n'aurons garde de marcher sur le^ traces de I'auteur de Candide ou sur celles de Schopenhauer. Loin de nous la mauvaise pens6e de travailler a d6raciner dans les coeurs la foi, Tesperance en (juelque .chose de meilleur, meme ici-bas. Nous voulons rectifier, epurer, restreindre en ses veri-