Brochure contre le luxe des femmes
4. Dans un article de la Revue des Deux-Mondes, 1" octobre 1873, sur les caract^resdu luxe daiis la soci^t^ moderne, M. Baudrillart fait .parf^tement la distinction du luxe raisonnable, simple signe exl^rieur de la riche?se et de la passion du luxe, ve-
lives. Apartir du niveau toujours changeant de la moyenne de la richesse g6nerale, Teehelle mobile wduluxe varie sans cesse ; c'est la ce dont il faudrait tenir compte, pour discerner Tusage legitime de rahus et de Fexces. En des temps de commune misere et de barbarie, il n'est pas impossible que la part pr6levee pour la vanite et Tostentation de quelque&*uns ait ^te relativement encore plus grande qu'au temps memo ounous sommes. Les declamations coutre le luxe, dans les siecles les plus mis6rabies du moyen age S ne sont pas moins vivos qu'au xvn* on au xvm* siecle ^ ; il ne s'est jamais rien dit de plus violent centre le luxe, sous la mo-
ritable idolAtrie, dit-il, qu'il faut 6nergiquement combattre. Voir aussi Texcellent chapitre sur la consommalion de son Manuel d*^conomie politique et ses articles du Journal des Savants : les Recherches sur divers sujets d'6conomie politique par Guillaume Roscber, mars et juillet 1874.
1. Voltaire cite un auteur du xiv si6cle qui, « selon Tusage des gens peu judicieux> se plaint que la frugale simplicity a fait place au luxe. » Essai sur les mosurs, cbap. lxxxi. Rien d'ailleurs n'6gale la v6h6mence de certains pr6djcateurs du moyen Age contre le luxe.
2. « On se d6truit, dit Bossuet, pour se parer. » Selon F^nelon , M le premier pas de la fortune est de se miner... Ce qui 6tait d'un faste scandaleux dans les conditions les plus 61ev6es, 11 y a quarante ans, est devenu une biens6ance pour les plus m^diocres. » Sermon sur I'Epiphanie. 11 s'agirait de savoir si ce cbangement est on n'est pas en rappOrt avec les progr6s de la fortune pul)lique. — Massillou n'est pas moins s6v6re : « Quelle tyrannic que celte des usages ! II faut pourtant s'y assujettir, malgr6 des affaires qui demandent qu'on se retranche, un ^po.ux qui delate, le marcband qui murmure et qui peut-^tre fait acheter bien
GHAPITRE TROlSlfeMK I'l
narchie de juillet, ou memo sous le secoiid Empire. Quelques r6flexions de Yoltaire, non moms sens6es que spirituelles, recoivent ici leur application. « Qu'est-ce que le luxe? C'est un mot sans id6e precise, h peu pres comme lorsque nous disons les climats d'Orient et d'Occident; il n'y a en eflfet ni orient ni Occident ; il n'y a pas de point ou la terre se leve et se couche ou, sivous voulez, chaque point est orient et Occident. II en est de ttieme du luxe ; ou il n'y en a point, ou il est partout. Transportons-nous au temps ou nos peres ne portaiient point de chemises. Si quelqu'un leur
cher les retardements et les d^lais. » Car^me, Sermon du jeudi de la Passion. Voir aussi le Sermon sur le mauvais riche. Quel a'est pas, d'aprfts La BruyferCj le contraste entre le bourgeois de son temps et le bourgeois du si^cle pr6c6dent ? « Les empereurs n'ont jamais triomph6 k Rome si mollement, si commod6ment, ni si sArement mfime contre le vent et la pluie, la poudre et le soleil, que le bourgeois salt k Paris se faire mener par toute la ville. Quelle distance de cet usage k la mule de leurs ane^tres I Us ne savaient pas encore se priver du n^cessaire pour avoir le superflu, ni pr6f6rer le faste aux choses utiles ; on ne les voyait point s*6clairer avec des bougies et se chauffer avec un- petit feu ; la cire 6tait pour Tautel et pour le Louvre ; ils ne sortaient point d'un mauvais diner pour monter dans leur carrosse ; ils se persuadaient que I'homme avait des jambes pour marcher et ils marchaient, etc. » Carac^ t^es, De la ville. La diflf6rence ne serait pas moins grande enlre le bourgeois d^aujourd'hui et celui d'il y a cent ans ou m6me cinquante ans. Le P. F61ix, dans ses attaques contre le luxe contemporain, reste au-dessous de la v6h6mence des pr6dicateurs et des satiriques du xvii« sifecle. (Voir la conference a Notre-Danore sup ieLuxe obstacle au progrd&f 1856).
78 MORALE ET PROGRfeS
eut dit : II faut que vous portiez sur la peau des ^toffes plus fiaes et plus l^geres que le plus fin drap, blanches comme de la neige et que vous en changiez tons les jours ^ tout le monde se serait 6crie : Ah! quel luxe! quelle moUesse! Une telle magnificence est k peine faite pour les rois ; vous voulez corrompre nos moBurs et perdre TEtat* ! »
Qu'on prenne tel on tel autre exemple des vices reproch6s k notre temps, le jeu, la corruption des moeurs, le libertinage, il n'en est guere qui n'aient 6t6 I'objet d'anssi violentes accusations dans les siecles passes. Nous le disons en passant, par esprit d*equite, pour la d^charge du siecle ou nous vivons, quoique, d'ailleurs, nous ne soyons pas porte, on le verra bientdt, a le juger avec trop d*indulgence, et sans nuUe intention de faire un proces inique au passe.
S'il ne faut accepter qu*avec reserve ces accusations des satiriques, des moralistes, des sermonnaires, centre le luxe, contre la moUesse et les vices de telle ou telle 6poque, il ne faut pas non plus s'associer trop facilement k certains 61oges na'ifs de simplicity, de sobri6t6, d6cern6s k d'autres temps et k d'autres peuples. Comment abuser des richesses la ou il n'y en a pas'? L'aus-
4. Dm Commerce et du luxe, 3. N'allez done pas avec aimpUcii^
Nommer vertu ce qui fut pauvret^.
VoLTAiBE, Defense da Mondain,