CHAPITRE TROISIEMK . Hi
regard de tous ces pessimistes par penchant, par passion, par esprit de parti politique ou religieux, ou bien en vertu d'un systeme philosophique, se placent les optimistes, non moins exag6r6s en un sens contraire, les eomplaisants, les flatteurs, les panegyristes, qui trouvent que tout est bien dans le temps present, et qui s'aveuglent avec obstinatibn sur les risques que court la civilisation moderne, sur les vices et les maux qui la travaillent. N'oublions pas aussi les reveurs, les r6formateurs de la soci6t6, qui, nuUement amis et admirateurs du present, sont follement optimistes dans I'avenir. Ce sont eux qui regardent le mal, la m6chancet6, la corruptioii comme le lot exclusif du pass6 et qui voudraient nous faire croire a leur totale extinction, dans un avenir plus ou moins prochain, k la seule condition de rapplication de leurs systemes et d'une organisation meilleure de la soci6t6, conform^ment k leurs plans, et grAce k la perfectibility ind^finie du genre humain.
Tels sont les dissentiments profonds qui out exists et qui existent encore, parmi les hommes, sur les degr^s divers du bien et du mal dans le
d'illusions , c'esl Tabseuce de tout sentiment, la privation de toute conscience , le nirvftna. Hartmann n'est pas moins bouddhiste que Schopenhauer. Voir le r6cent article de M. Albert R6ville sur la doctrine de I'inconscient, dans la Revue des Deuac'Mondes du 1" octobre 1874.
pass6 et dans le present, sur les perspectives, bonnes ou mauvaises, d'un avenir plus ou moins prochain. Non-seulement ces declamations et ces exag6rations ont Finconv^nient d'6garer les jugements des historiens, des publicistes et des moralistes, mais elles contribuent aussi, pour leur part, k troubler la paix sociale. A iorce d'exag^rer les maux et la perversity du temps present, a force de feire briller le mirage trompeur d'un travail sans fatigue, d'une vie sans douleur, d'une f61icit6 universelle, par la vertu miraculeuse de certaines r^formes sociales, on exalte les m^contentements et les impatiences, on pr6cipite la multitude vers les plus dSsastreuses et les plus criminelles revolutions.
Nous avons maintenant a voir s'il est quelque mesure, plus ou moins exacte, d^apres laquelle on puisse comparer et juger le degr6 de bonte ou de perversity morale de toutes ces generations qui, tour a tour, se vantent d'etre meilleures, ou s'accusent d'etre pires les unes que les autres.