CHAPITRE JV
Distinction des divers ^l^ments de notre nature aa regard dii progr^s. — i^^ments immuables. — Caract^res fondamentaux qui persistent au trayers des diversit^s les plus profoudes. — Ce qui fait Vunit^ du genre humain. — Le progr^s lui-m^me suppose quelque chose d'immobile. — filaments qui changent et se perfectionuent, mais dans I'individu seulemeat.
— j^l^ments qui se perfectionnent dans Tindividu et dans Vespfece. — Les deux genres de perfection distingu^s par Buffon. — La vertu est de i'ordre des choses qui ue se perfectionnent que dans Tindiyidu. — Difference des devoirs de vertu et des devoirs de droit. — L'intention seule fait la valeur morale de Taction. — Defense de ce prlncipc contre Tabus qu'en ont fait les casulstes et les fanatiques. — De la direction d'intention. — De la justification des moyens par la fin. — Iniquity de toute autre mesure du m^rite ou du d^m^rite. ■— Ob^ir 5. la loi morale, c'est ob^ir a sa conscience.
— Quiconque a crn sinc^rement faire le bien est absous. — Paix sur la terre aux hommes de bonne volont^ !
Pour determiner ce qui est hors du progres et ce qui entre dans le progres, il faut diviser en plusieurs categories les divers elements de notre nature. II en est qui sont immuables et sur Icsquels le progres n'a absolument aucune prise; il en est d'autres qui changent et se perfectionnent,
8i MORALE ET PROGRES
inais seulement dans rindividu lui-meme, san^ aucune transmission k quelque autre individu; il en est d'autres enfin qui se perfectionnent nonseulement dans Tindividu, mais dans Fespece.
Ce^ derniers seuls s'ajoutent et se leguentde Tun a Tautre; seuls ils font partie de ce patrimoine, que se passent tour a tour les generations humaines, a travers la succession des generations et des peuples. L^ done seulement se trouvent les materiaux avec lesquels le progres s'edifie et s'6leve de siecle en siecle.
Mais voyons d'abord quels sont ces elements de notre nature qui ne changent pas. au milieu de tons les changements du dehors, de toutos les revolutions qui bouleversent la face du globe et des societes humaines, de toutes les decouvertes et de toutes les inventions, et meme malgre tous les changements interieurs d'idees et de moeurs qui s^operent dans I'individu lui-meme.
Le coeur avec ses inclinations fondamentales, avec les passions qui en derivent * , les facultes de rintelligence avec leurs lois, avec leurs procedes naturels, voili ce qui demeure toujours le
i. tt L^s dehors de rhomm^ chdngdHt, a dit Fontenelle, mais le coeur ue change pas et tout rhomme est dans le coeur. » Dialogues des mortSf Socrate et Montaigne. Un jeune po3te contemporain, Jean Aycard, a hien dit :
Le CGsar est etfirnel et n'a pas de progres.