‹ Morale et progrèsChapitre 52 sur 199 · CHAPITRE QUATRlfeME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRlfeME

De ces choses qui ne changent pas passons a celles qui changent en nous et qui sont susceptibles de quelque perfectionnement. Elles sont, avonsnous dit, de deux sortes : les unes dont le perfectionnement demeure enferm6 dans Findividu. lui-m^me, les autres qui de Findividu s'etendent sur Fespece. Bufifonabien marque ces deux sortes de perfectionnements qi\i se trouvent dans les animaux comme dans Fhomme :

« II faut distinguer, dit-il, deux genres de perfection, Fun sterile qui se bjorne a Feducation de Findividu, Fautre fecond qui s'^tend sur toute Fespece etqui s'etend autant qu'on lo cultive'par les institutions de la soci6t6. Aucun des animaux n'est susceptible de cotte perfection d'espece ; ils ne sont aujourd'hui que ce qu'ils out ete, qu'ils seront toujours el jamais rien de plus, parce que, leur education 6tant purement individuelle, ils ne

peuvent transmettre a leurs petits que ce qu'ils

ont eux-memes recu de leur pere et mere, an lieu que Fhomme recoit F6ducation de tons les siecles, recueille toutes les institutions des autres hommes et pent, par un sage emploi du temps, profiler de tons les instants de la dur^e de son

cODtinuer en changeant, voili ce qui constitue r6ellement la vie nonnale de I'homme et par consequent le progrfes... Le progres a deux tennes, permanence et changement. »

VHumanitey livre II.

82 MORALE ET PROflRfcS

espece pour lea pei'fectionner tous les jours ile

plus en plus*. »

Dans I'homme, comme dans ranimal, il y a ce genre de perfection purement individuel qui ,

.comme le dit Buffon, ne va pas au delit de 1'^ducation de Tindividu. Mais si ce genre de perfection est sterile dans I'animal , 11 ne Test pas dans rhomme, non-seulement pour I'individu lui-mdme, mais mSme , comme nous I'expliquerons, pour la society et pour le progres, tout on demeurautde sa nature essentiellementindividuel et incommunicable. Or la paret6 des intentions, la bonne volenti, le d^sinteressement, I'^nergie morale, toutce qui constitue la morality ou la vertu, est pr^cisement dunombre de ces choses dont le perfectionnement demeure enferm^ dans I'individu lui-mSme. En d'autres termes, pour parler la langue de Kant, il y a des devoirs de vertu qui ne peuvent Mre I'objet que d'une contrainte morale, d'une legislation tout int6rieure, qui ne sont pas progressifs comme les id^es, comme la civilisation. En regard de ces devoirs de vertu, qui ne sont f^couds directement que pour I'individu , bien que , par una consequence necessaire, ils le soient^ aussi pour la society et qu'ils soient indispensables pour son salut, Kant place

1, DUcimrs sw la nature des animaui.

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