‹ Morale et progrèsChapitre 62 sur 199 · CHAPITRE CINQUlfeME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUlfeME

devront-elles pas 6tre diff^remment jugees, vues dii dedans, pour ainsi dire, suivant les intentions, suivant la force des tentations et la grandeur des obstacles a vaincre, suivant T^tat social, les luniieres,le8 opinions etles moeurs, suivant enfin le niveau de morality moyenne des contemporains, depuis Tetat sauvage jusqu'ila civilisation la plus avanc6e *?

Puisque la valeur morale est uniquement dans Fintention, independamment du degrS de la science du bien et du mal, comme aussi independamment des consequences, il suit que le bien, de meme que le mal moral, peuvent etre contemporains des plus humbles commencements de Tintelligence et de la volont6. Le bien et le mal moral sont deja dans Tenfant, meme avant Tdge que les th^ologiens appellent age de raison, comme dans rhumanit^ chez led sauvages eux-memes, anterieurement h. toute espece de culture intellec-

1. Le philosophe anglais Lecky a^marqud, avec beancoup de Savoir et de sagacity, ces differences dans] le niveau moyen de la morality, dans la yaleur relative, dans la preponderance de chaque groupe de vertus, differences qui influent au plus haut degre sur la conscience morale, selon les divers etats de societe et de civilisation. Tandis que ce qu'on pent appeler les premiers elements des moeurs demeure toujours^ dit-il, inaltere, il y a un perpetuel changement dans le type de moralite qui est prefere, dans la regie morale dominante, et aussi dans la valeur relative attachee aux vertus particulieres, changement qui est de la plus haute importance pour celui qui etudie Vhistoire generale. (History of morals^ 2 vol. London, 1869.)

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luelle. Nous somines persuades, avec Jouffroy, que la forme du bien est dans toute intelligence humaine, et que le sauvage pent etre aussi moral que nous, le pfttre aussi moral que le philosophe * .

M. Vacherot, comme JoufiFroy, n'exelut personne, pas meme les sauvages, de la moralite : « Le sauvage, dit-il, n'est pas incapable des sentiments d6sint6ress6s que contient tout coeur d'homme, meme a Tetat sauvage. II ne faut pas oublier que si le sauvage, a beaucoup d'egards, a Fesprit de Tenfant, il a le coeur d'un homme. Aussi le d6vouement, Famitie, la sympathie g6nen6reuse, ne sont-ils pas des phenomenes beaucoup plusrares dans cette enfance de Thumanit^ qu'aux autres 6poque8 de son d6veloppement ; mais c'est la famille, la tribu, le compagnon de chasse ou de guerre qui en est Tobjet ^ » Nous nous garderons cependant bien de demander a ce sauvage certaines vertus de Thomme civilis6, ni de juger ses actions, ses moeurs et ses coutumes d'apres la mSme mesure que les ndtres.

Laissons les sauvages de c6te p6ur ne comparer entre eux que les peuples civilises. Quelles differences encore la stricte justice n'exigera-t-elle pas dans les poids et les mesures? Que de changements d'un siecle, ou meme d'un-demi siecle h

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