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a son premier age ; peu importe le degre auquel elle s'esl deja elev6e et ou elle doive s'elever un jour, sur I'echelle de la perfectibilit6 ; le in^rite sera toujours au m^me prix, ni plus ni moins difficile a acqu^rir. Jamais ne se pourra detacher de personne la plus petite parcelle pour raccroisse^ m^nt de la part d'un autre.
Est-ce a dire que nous m6connaissions la force des bons exemples, la salutaire influence de la charity, de la bienfaisance, des bonnes oeuvres et deTeducation? C'est une erreur que nous repi'acherons h certains de nos adversaires, entre autres a Buckle, mais danslaquelle nous n'avons garde de tomber, quoique nous tenions la vertu pour absolument intransmissible. Au point de vue de la famille et de la soci6te, rien sans doute n'est plus avantageux, rien n'est meilleur et plus efficace que les bons exemples et la bonne Education. Mais c'est ici surtout qu'il ne faut pas confondre ce qui est de nous et ce qui n'est pas de nous.
On dira sans doute que si Thomme vertueux ne laisse pas sa vertu apres lui, il laisse du moins son exemple, exemple qui pent etre f6cond pour ses contemporains, meme pour ses descendants, et qui servira d'encouragemefit et de soutien, lorsqu'il ne sera plus, a ceux qui voudront marcher dans cette meme voie de la vertu. Nous reconnaissons, encore une fois, cette efficacite salu-
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taire des bons exemples. Mais serait-il juste de porter an compte de notre m6rite propre cette facility plus grande k bien faire qui n'est pas le fruit de nos efforts personnels, quine vient que du dehors et de circonstances ind6pendantes de nous? A quel titre revendiquer comme ndtre cette contrainte a faire de bonnes actions,comme aussi kn'en pas faire de mauvaises, qui ne r^sulte que de la famille, de 1 'entourage, des lecons, des exemples, des lois et de I'ordre social? Tout cela est le fait de la fortune, qui nous a fait naitre ici onlk, de tel ou tel, et non de notre volenti.
Autant grande est cette part du dehors et des secours etrangers, quels qu'ils soient, dans la pratique du bien que nous accomplissons, tout autant grande est la part k retrancher du m^rite propre, de la valeur morale de Tagent lui-m^me. Ces appuis du dehors ne font pas plus partie de la vertu que les precedes techniques ne font partie du genie du peintre et du sculp teur.
De ces facilit6s de bien faire qui diminuentd'autant le m6rite, nous exceptons immediatement, cela va sans dire, les bonnes habitudes qui sont exclusivement notre oeuvre, qui sont les fruits heureuxde I'empire sur nous-memes, de luttes r6petees, de combats vietorieux contre nos mauvais penchants. Loin de diminuer la vertu, cette facility de bien faire, conquise par nous, en est Vessence memo.
MO MOHALE ET.PKDUKiiS
La saintet6 n'est que cette facilite erevee a son plushaut,degr6.
II est n6 sans doute sous une heureuse dtoilef celui qu'environne, celui qu'enlace, pour ainsi dire, des sa naissance, tout ce qui pent d6tourner du mal et retenir dans le bien une ame hien douee. Mais il ne lui sera pas donn^, quoique faisant plus de bien, de rempo.rter sur cet autre qui, moins favoris^ par la nature et par le sort, aura dd lutter centre plus de tentations et d'obstacles.
Celui qui ne fait le bien que parce qu'il ne pent faire le mal, k cause d^empechements physiques, ou mSme d'empechements moraux exterieurs, ne doit pas se vanter d'etre vertueux. « Vous vous yantez d'une vertu qui n'est pas libre, » pourraiton lui dire, comme Usbeck k Zachi dans les Lettres persanes,
Cette vertu qu'un enfant bien ne trouve, suivant I'expression d'un poete contemporain, toute faite au berceau % ne saurait entrer dans la yaleur morale intrinseque de Tindividu. C*est prendre la vertu non pas en elle-m^me, jnais, pour ainsi direi hors d'elle-m^me. A qui done fera-t-on un
1. pBiWeTOUyFauxm^ages. Quelle indulgence au.contraire ne feudra-t-il pas avoir pour celui dont Victor Hugo a dit :
T« mere en ton berceaa t'a peai-^tre oubli^.
(Marion Dehrme),
CHAPITKE" ClNOUlfiME 111
m6rile de respirer un air salubre dans le lieu oir le hasard de la naissance Fa plac^? Serd-je criminel si, condamn^ an eonfraire a respirer un air malsain, j'di moins de force et de sant^? <\ La nature, a dit S6neque, ne donne pas la vertu ; devenir homme de bien est un art K »
Faites entrer dans la vertu, pour une part, si minime qu'elle soit, ces avantages ext^rieurs, ces circonstanees extrinseques, que nous voulons rigoureusement en excliu-e, le merite d^pendra de la place ^chue k chacun dans le temps et dans Tespace ; Tavantage sera au dernier venu ; pour etre vertueui, il s'agira done avant tout, comme I'a dit Voltaire, d'etre venu au monde a propos ^ !
L'obligation doit etre la meme pour tons ; il faut que tons puissent s'en acquitter au meme prix, sinon lesanciennes generations seraientcondamnees a n'Mre que le piedestal, ou quhin simple Echelon de la perfection morale des dernieres venues, si-
i. « Non 4at Datura yirtutem; ars est bonum fieri. » Epist. XC. Nous dironsaussi de la vertu ce que, dans la m^me lettre, il dit de id philosophie : u Quid haberes quod in philosopbia suspiceres si beneficiaria res esset? »
2. « Les vertus de Thomme beureux, a dit Saint-^lvremond, sont agr^ables et faciles. Les vertus du malheureux sont difficUes et f&cheuses. L'bomme heureux n'a qvCk s'abandonner k ses vertus, et il faut que le malheureux se sacrifie aux siennes. » Melanges. Les secoudes ue valent-elles done pas plus que les premieres?
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non elles auraient 616 impitoyablement sacrifices pour en elever d'autres, au prix de leurs efiforts et de leurs souffrances, k un degre de merite auquel elles-m^mes elles 6taient condamnees a ne jamais parvenir. Tel serait le triste lot des races desh6ritees venues avant nous ; dans IMiumanitC, comtne dans lanalure, Tindividu serait sacrifie a Tespece * . Herder repousse cette pensee avec une juste indignation. II ne pent croire que les conditions ne soient pas 6gales pour toutes les fractions de noire espece ; perfection et bonheur, tout depend, suivantlui, denotreconduite morale. Aussirejette-t-il Thypothese d'un 6tat final, d*un 6tat unique de perfection vers lequel tendrait le genre humain tout entier et que les dernieres generations seules pourraient atteindre : « Comment Thomme tel que nous le connaissons serait^l fait pour deve* lopper k rinfini ses facult^s inteltectuelles, pour fitendre, par une progression ininterrompue, la sphere de ses perceptions et de ses actions, bien plus encore pour arriver a un 6tat qui serait le but supreme de Tespece? Comment toutes les generations seraient-elles faiths pour la derniere qui s'dleverait ainsi sur l^s debris epars du bon-
ii, Ge sacrifice de ViUdividu h riBsp^cie, qui rdsulte de certained theories sur la perfectibilii^^ proToqtie, de la pari de M. lleiloUvier, led plad Tives et les plus justes protestations, ^ssais de critique ■ giniraley 4* essai, Introduction h la philosophie de rhistoire, 1864.