CHAPITRE SIXI&ME
tinction de Kant, et non dansles devoirs de yfertu, un progres dans T^l^ment objectify pour ainsi dire, de la morale, et non dans TelSment subjectif ou est son essence meme. Le progres danslavertu n'est qu'aa regard de Tame et de Findividu ; le progres dans les devoirs de droit n'est qu'au regard de la sooiete. L'un est absoLu, Fautre est relatif anx individus, aux temps et aiix circonstances.
Pour ^tre plus 6clairee, plus sage, plus con-' forme k I'int^ret de la societe, a la loi ou a la coutume, une action n'est pas necessairement plus pure et plus d6sint6ress6e. II y a aujourd*hm, nous ne le nions pas, moins d*erreurs, moins de prejug^s, moins de cas d'ignorance invincible, moins de pecb^s d'ignorance, que dans les temps eloign^s de nous ; les lumieres sont plus grandes pour discemer ce qui est le plus conforme k Tinteret de Tindividu, en meme temps qu'a Tint^r^t de la soci^t^, ou meme k la justice. Mais autre chose sont ces lumieres, ce sagace iliscemement de ce qui nuit ou de ce qui ne nuit pas, c'esta-dire la notion progressive de I'intfiret bien entendu, autre chose est la vertu. Ce motif de Tint6r^t, qui va en se developpant et s'eclairant avec le progres des lumieres, ira se substituer, dans bien des cas, au motif dSsint^fess^ du devoir et par \k mSme enlever leur merite k des actions qui ne seront plus vertueuses qu'en apparenoe. On done
118 ► . MORALE ET PROGHES
aussi sera le m^rite de ne pas faire le mal, quand on est empech6, non par la ferme voloiit6 de ne faire que le bien, mais par le m^canisme social, par les lois, par les tribunaux, ou m^me par les convenances, par les coutumes et par ropinion publique qu'on ne saurait impun6ment braver?
S'il y a aujourd'hui, je ne dis pasmoins de vices, ni moins d*hommes corrompus et de fripons, mais moins de crimes, moins d 'assassins, moins de voleurs de grande route et a main armee, moins de violences centre les personnel, ce qui est un gain pour la civilisation, est-ce k dire qu'il y ait v6ritablement un gain aussi assur^ pour la morale et la vertu, et qu'il y ait parmi nous plus d*hommes reellement vertueux et desint6« ress6s * ? Quand toutes les statistiques, tons les comptes rendus de la justice criminelle attesteraient, ce qui malheureusement n'est pas, que les crimes et les d61its, en tout genre, vont en diminuant, nous ne serious encore nuUement convaincu des progres du bien moral sur la terre. Les sta-
1. M. Janet indique bien ces diverses distinctions dans le dennier chapitre de son Bistoire de la politique : « II faudra distinguer le progres scientiflque et le progres social et moral, car si le premier est Evident, c'est du second surtout que nous desirous, que nous demandons la demonstration. On distinguera m6me encore le progres moral du progres social, car il n'est pas evident que Thomme gagne ea morality h mesure que les institutions gagnent en douceur et en equite. »