‹ Morale et progrèsChapitre 73 sur 199 · Horace · texte numérisé non relu

Horace

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barrasse de cette importune m^is salutaire contrainte* . Yoilk en quoi consiste ramelioration simu]tan^e de Thomme et des formes sociales. La civilisation restreint oure£oule certaines manifestations ext6rieures des passions mauvaises, surtout Tabus de la force, la violence, la vengeance, la soif du sang, mais elle ne stimule ni n'augmente, si ton* tefois mSme elle n'a£Paiblit pas, le d6vouement,le dSsint^ressement, Tbonnetete, le courage, c'est-adire la vertu. II n'y a ici nuUe amelioration des volontes fit des coBurs ; tout ce pr6tendu progres moral reste renferme dans la sphere, que nous avons d^crite, du progres intellectuel et social. Get adoucissement forc6 des moeurs, cette transformation ou conversion ext6rieure des individus, sont sans doute des avantages sociauK et

I . « Sous les manifestations ext6rieures les plus diverses, dit Schopenhauer, }a signification morale pent dtre r^ellement la m^me. Pour un m^me degr^ de m^chancet^, Tun pent mounr sur la roue et Tautre tranquillement au sein de sa famille. Ce pent dtre le m^me degr^ de m^chancet^ qui s^exprime chez nn peuple en traits grossiers, comme le meurtre et le cannibalisme, et chez un autre au contraire en intrigues de cour, par toute esp^co d'abus et de roueries en miniature. L'essence demeure la mdmcT. II ne faut pas croire qu'un 6tat plus parfait, ou bien peut-^tre qu'un dogme salutaire, g^n^ralement accepts, de peines et de recompenses en deck de la mort, pourrait emp^cher toute infraction : il y aurait \kun gain politique, mais non moral; ce serait seulement un obstacle h la manifestation de la Yolont6 k travers la vie. » — Die Weit ah Wille and Vorsiellnng, 4» livre. § i.xvi.

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poliliques que nous sommes loin de dedaigner, mais il n'est nuUement sAr qu'il s'y rencontre un veritable gain mora] , un gain quelconque pour la vertu. II se pent que la nature iutime de rhomme n'ait pas change, que Thoinme int^rieur, malgr^ toutes les apparen<:es contraires, ne vaille pas mieujL et qu'il ne soil pas plus r6gener6 aujourd*hui, a la fin duxix® siecle, qu'aiu iv* ou au v* siecle apres ou avant J.-C»

Sans done nier les progres de la civilisation, ni cette amelioration exterieure de Tindividu qui en est une consequence, il faut se r^signer a retrancher la vertu du domaine de la perfectibility pour la laisser tout entiere, avec son in* communicable essence, dans la conscience de rhomme vertueux. Quant au vrai progres moral, il ne pent r^sulter, nous Tavons d^j^ dit, que de la formation et de la rencontre simultan6e d'un plus grand nombre de justes ou d'hommes vertueux en quelque 6poque privil6gi6e. Non-seulement nous ne croyons pas impossible un progres de ce genre, mais nous montrerons qu'il est notre cbance unique de salut, et que sans lui tons les autres progres , la civilisation ellememe, sont en p6ril. Toutefois on ne pent que le conjecturer d'apres certaines manifestations , sans qu'il soit possible de le verifier, de Taffirmer, de le mesurer avec certitude, cache qu'il est dans

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]e secret des dmes. En outre, pour qu'il se continue, ou pour qu'il ne se perde pas, il faut que sans cesse il se renouvelle et s'alimenfe par la formation, k chaque generation, d'un m6me nombre, ou d*un plus grand de consciences droites, d'hommes vertueux, au prix des m^mes efforts sur eux-m^mes, et conti:e les tentations de rintSret et de la passion.

Cette oeuvre du progres moral n'a done riQU de suivi et d'enchaine, rien de continu, k la difference du progres intellectuel ; c'est une OBUvre toujours k recommencer, sans que jamais elle devienne plus assur^e et plus facile, sans que ce qui a ete fait puisse servir de garantie pour ce qui sera fait par les generations suivantes, ni de degre pour servir a monter plus haut.

Cette doctrine sur le progres moral, depuis que nous en ayons donne une premiere esquisse dans un precedent ouvrage \ a et6 discutee et combattue par deux adversaires de grand talent etde grande autorite, MM. Janet et Caro. M. Janet veut bien reconnaitre que dans notre th^se il y a beaucoup de vrai ; il Tattaque cependant avec tine certaine vivacite. Quoil s'6crie-t-il, la.vertu n'estelle que lutte, effort et contrainte? Faudra-t-il done entretenir dans le monde, et aussi dans le

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