‹ Morale et progrèsChapitre 76 sur 199 · CHAPITRE SIXUME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXUME

Pr6tendez-vous, dit encore M. Caro, que la lumiere, en penetrant dans les bons instincts de rhumanit^, n'y apportera pas plus de bien et plus de v6rite? « EUe n'y apportera pas plus de in6rife,r6pon<l-iI lui-m6me,si vous le voulez. » Or, c'est bien Ik en eflfet ce que nous voulons, et rien de plus, heureux d'etre au fond tout a fait d'accord avec notre bienveillant contradicteur.

Nous he voulons pas, comme te suppose M. Janet, que les obstacles, que les tentations, que les occasions de lutte ne diminuent pas, ou m^me croissent, danslemonde,a ee seul effet de rehaus* ser la vertu; mais nous voulons, ce qui nou& semble la justice meme, que, pour le bien comme pour le mal, chaque individu n'ait exactement que la part de responsabilite qui lui revient, et non celle des facult^s dont il a ete plus ou moins bien done, de la famille, du temps, du lieu, de la society ou il est n6. Nous accordons qu^au point de vue social la valeur des actes, le bien qui en r^sulte, n'est pas toujours en raison de la difficult^ vaineue, mais nous persistons k croire que le m^* rite de I'agent est uniquement en raison de cette difficult^ jointe k la puret^ de I'intention.

Par Ik nous n'avons nullement la pensee de rabaisser rhumanit^, ni dans le passe, ni mSme dans le present. Si nous croyons qu'elle ne vaut

i2S MORALE ET PROOR^S

peut-etrepas mieux aujourd'hui qu'autrefois, c*est que, malgr6 le commun pr6juge, nous inclinons k croire qu'elle n'a pas et6 sans vertu, m^me dans les temps les pins barbares et les plus grosisiers. En examinant les caracteres des diff^rents si^cles, Vauvenargues a dii : « Ge n-est pas mon desdein de montrer que tout est faible dans la nature humaine en d^couvrant les vices de ce siecle ; je veux, au contraire, en excusant les defauts des premiers temps, montrer qu'il y a toujours eu dans Tesprit des hommes une force et une grandeur ind^pendantes de la mode et des secours de Tart * . )) Notre dessein n'est autre que celui de Vauvenargues. H y a une force et une grandeur de la nature humaine, independantes, comme le dit cet excellent moraliste, de la mode et des secours de Tart, que chacun pent et doit se donner a lui*-meme ; voilA ce que nous esp6rons avoir mis suffisamment en lumiere, par Tanalyse de ce qui fait le merite et de ce qui ne le fait pas, par la distinction plus approfondie de ces deux genres de perfection dont a parle Bufifbn : Tun qui demeure enfermS dans Findividu, I'autre qui s'etend sur toute Tespece *.

1. DUcours sur les caracteres des diffirents slides, £dit. Gilbert. Tome I, page 162.

2. Voir nos deux articles du Jowmnl des savants, juillet et aoftt 1874, sur la Morale de M. Janet.

Page 1