CHAPITRE VII
Rapprochement entre les deux querelles des anciens et des modemes, Tune en morale, Tautre en litt^rature. -^ La question de la superiority litt^raire des anciens ou des modernes a Stl agitde au sein de toutes les litt^ratures. — Son importance philosophique. — - Y a-t-ii un progr^s des lettres et des beaux-* arts comme des sciences? —Distinction de Fontenelle entre le m^rite d'un auteur et la perfection de I'ouvrage. — M^me distinction appliqu^e en morale au m^rite de I'agent et a la bonte de Taction. — Nulle transmission du g^nie* — Part perfectible dans les beaUx-arts compar^e k la part perfectible en morale. —Progr^s dans les proc6d6s techniques, mais non dans rinspiration. — Facility plua grande en certains temps de faire des oeuvres m6diocres. — Refutation des partisans d'un progr^s continu des beaux-arts. — Auguste Comte. — Du m^rite d'un aUteur^ eomme du m^rite de Tageijit d'une action, retrancher tout ce qui n'est pas de lui. — La pretention des modernes & la superiority du genie aussi mal fondee que la pretention i celle de la rertu*
Laquerelle des anciens et des modernes en mo^ rale peuts*6clairer> aVons-nousdejkdit, parle rapprochement avec une autre querelle des attciens et des modernes dans les lettres et les beaux-arts *.
i. J^emprunte la plus grailde partie de ce chapitre k un Memoire^ que j'ai lu it VInstitut en 1869) sur la querelle des anciens et -deft modeiiies en morale. Voir les Comptes rmdus de I'Acadimie des sciences morales etpolitiques, 90« vol., p. 177.
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En effet, bien que diflF6rentes Tune de Tautre, ces deux questions rentrent egalement dans une question plus generale, celle de la perfectibilite de rhomme. En outre, toutes deux ay ant 6te obscurcies, embrouillSes, par des confusions du meme genre, elles peuvent se resoudre d'une maniere semblablot e'est-Ji-dire par la distinction des 616ments perfectibles et des elements non perfectibles de notre nature,
Quoique moins generale et moins ancienne que la querelle morale, la querelle litt^raire des anciens et des modernes n'est pas un fait particulier a telle ou telle litt^rature, a tel on tel siecle. II est vrai qu'elle nous rappelle d'abord les noms de Charles Perrault, de Fontenelle, de La Motte, de Terrasson ; maiselle s'est agit6e ailleurs qu'en France, et en d'autres temps qu^au xvn* et au xvra* siecle. On la retrouve, dans Tantiquit^, a Rome, k Athenes ; dans les temps modernes, elle a eu pour theAtre I'Angleterre, TAllemagne, Fltalie, comme la France *. Partout ou|es lettres ont eu quelque dur6e, partout ou elles out jet6 quelque iclat, cette meme question du progres ou de la d6cadence des ouvrages d'esprit a mis aux prises des partisans des anciens et des partisans dei^
1. Voir VHistoire de la querelle des anciens et des modernes ^ par Hippolyte Rigault, in-8. Hachette, 1856.