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Chapitre des Ouvrages de Tesprit

132 MORALE ET PROGR^S

la question plus gen^rale des progres de Tesprit humain ^

Les (Buvres des modemes remportent-elles sur celles des anciens par Tinspiration, par le goM et par le genie? Y a-t-il un progres des lettres et des beaux-arts , comme il y a un progres des sciences et de I'industrie ? Les chefsd'ceuvre des modernes sont-ils au-dessus des chefs-d'oeuvre des anciens? En morale, c'estaux modernes qu'on serait tente de donner tout d'abord la preference; mais, dans les lettres, dans la po^sie, I'eloquence, les beaux-arts, ce

i. Dans mon Histoire de la philosophie car/^^tenne, j'ai montrS ies liens ^troits qui rattachent les partisans des modemes & la philosophie de Descartes, i^r vol.* chap, xxiii, 3« Edition.

Auguste Comte en a bien appr^ci^ Timportance philosophique : (( Cett6 discussion solennellC) dont Timportance a 6t6 jusqu'ici peu sentie, constitue, dit-il, & mes yeux ua veritable 6v^nement, d'ailleurs convenablement prepare, dans Thistoire universelle de la raison humaine qui, pour la premiere fois, osait ainei proclamer directement son dqgme fondamental* Or 11 serait sans doute inutile de faire remarquer que Tesprit scientifique animait les principaux cbefs de ce grand mouvement phiiosophique et constitnait seul la force r^elle de leur argumentation g^n^rale, malgr6 la direction vicieuse qu'elle avait a d'autres ^gards. » Philosophie positive, 47« le^on.

Pierre Leroux ne donne pas une moins grande importance philosophique k la querelle des anciens et des modernes* Ces deux id^es, anciens et modernes, etant en presence, r^mancipation cessa , dit-il , d'etre protestante ; « elle fut, pour employer le nom qu'elle prit k la fin du xvii« si6cle,et qu'elle conserva pendant cinquante ans, la querelle des anciens et des modemes. » 1" MHnoire sur la pei^fectibiliU.

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sont les anciens qui, par une sorte de compensation, paraissent tout d'abord Temporter.

Pour les lettres et les beaux-arts, comihe pour la morale, le d6bat ne pent s'6clairer et se r^soudre que par la distinction de ce qui est perfectible et de ce qui ne Test pas, de ce qui nous appartient en propre et de ce qui ne nous appartient pas, de ce qui survit k I'artiste, au poete, i Fhomme de genie, et de ce qui perit aveclui.

Dans la querelle des anciens et des modernes, inspir6e vers la fin du xvii* siecle par Tesprit dii cartesianisme, Fontenelle, qui a 6te si fort lou6 par Auguste Comte, merite un des premiers rangs par un certain esprit philosophique qui a plus ou moins manqu6 a ceux qui combattaient pour la meme cause avec lui, et plus encore peut-etre aux d^fenseurs des anciens. Entre le m6rite d*un auteur et la perfection de son ouvrage, il fait une ingenieuse et juste distinction qui con^espond exactement a celle4a meme sur laquelle nous venous d'insister entre la bonne volonte et les bonnes actions^ et qui s*applique non moins bien ilatertu qil'au g^nie Iitt6i*air6 et dux belles actions qu*aux beaux ouvrages; Tout^fois iiou» n*avons garde d*oublier ici cette diff6rence essdn« tielle, que la vertu depend de nous et que le genie n*en depend pas. Mais k part cette difference d'origine, pour ainsi dire, le genie et la

volont6 ont cela de commun qu'ils siont Tun et Tautre individuels et personnels.

Voici comment Fontenelle dem^le ces deux ehoses si souvent eonfondues, soit dans la critiqiie des ouvrages de Tesprit, soit dans la critique des moeurs^ au point de vue de la sup6riorite ou de rinf6riorit6 d'une 6poque sur une *autre.

« II y a, dit-il, une grande difference entre la beaut6 de Touyrage et le m6rite de I'auteur. Tel ouvrage qui est fort mediocre n'a pu partir que d'un g^nie sublime, et tel autre ouvrage qui est assez beau a pu partir d'un g6nie assez mediocre. Chaque siecle a un certain degr6 de lumiere qui lui est propre; les esprits mfidiocres demeurent au-dessous de ce degre, les bons esprits y atteignent, les excellents le passent si on le pent passer. Un homme n^ avec des talents est naturellement porte par son siecle au point de perfection ou ce siecle est arrive ; r6ducation, les exemples qu'il a devant lui, tout le conduit jusque-1^. Mais s'il va plus loin, il n'a plus rien d'6tranger qui le soutienne; ilne s'appuie quesur ses propres forces... Pour juger de la beaute d'un ouvrage, il suffit done de le consid6rer en lui-meme; mais pour juger du merite de Tauteur, il faut le comparer a son siecle *• »

U Vie de Comeille. La Motte fait une remarqae semblable a

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