‹ Morale et progrèsChapitre 80 sur 199 · CHAPITRE SEPTlfeME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTlfeME

Dans cette remarquable page de critique litteraire et philosophique, partout on pourrait substituer la vertu au g6nie, les ceuvres de la volont6 a celles de Tesprit, sans alt^rer la v^rit^ et Texactitude de la pens^e, tant la correspondance est parfaite entre les divers Elements de la question du progres dans les lettres et ceux du progrfes en morale. De m^me en efifet que le mSrite de Tauteiir est chose absolue, tandis que la perfection de Touvrage est chose relative qui depend du siecle, de ia langue, des circonstances, des pr^decesseurs et des contemporains, de m^me est absolue la valeur de Tintention ou de la bonne volontfi, tandis qu'est variable et relative la valeur des actions.

Le g^nie, Finspiration, Timagination, le fou sacr^, qualit^s essentiellement individuelles, qui font le merite de Tauteur, s'evanouissent avec I'auteur lui-m6me, avec le grand 6crivain, Tartiste, I'orateur, le poete, comme la vertu avecrhomme vertueux. En fait d'h^ritage, ils ne laissent rien k

propos d'Hom^re : u l\ faut bien se garder de confondre Touvrage et Faateur dans le mdme jugement, puisqu*on ne doit pas les examiner Tun et Tautre d'aprds les m^mes regies. Le degr^ de disposition dans Tesprit du poete n'emporte pas toujonrs le m^me degr^ d'ex^cution. La disposition la plus grande ne pent parvenir qu*& une execution mediocre, si Tignorance et la grossi^ret^ des temps y met de trop grands obstacles ; au lieu qu'une disposition mMiocre parviendra & une execution plus heureuse dans des temps plus 6clair68 et plus polis. » Discours sur Homhe,

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leurs imitateurs et k leurs disciples, sinon les perfectionnements de la langue dans laquelle ils ont parl6 ou chante, sinon des proc6d6s techniques dont ils se sont servis pour composer, pour peindre, pour sculptor. D'autres apres eux peuvent venir, qui, doues non de leur g6nie, mais de Tesprit d'observation et de critique, mettront a profit ces perfectionnements et tireront de r6tude de leurs chefs-d'oeuvre des lecons, des modeles, des theories et des regies pour Tart dramatiquOj pour la perspective, I'harmonie, Torchestration, etc. Mais si les pr6ceptes guident et reglent Tinspiration ou le genie, ils ne le donnent pas. Nul enseignement didactique n'a jamais communique a personne ce divinus quidam spirit /tt5 dontparle Cic6ron K Ilpourra bien en resulter des oeuvres plus correctes et plus r^gulieres, mais non des chefs-d'oeuvre. Dans les lettres et les beaux-arts, comme dans la morale, k cdte de ce qui ne sort pas de Vkme elle-meme de I'homme de bien ou de I'artiste, nous trouvons cette part exterieure, qui est du domaine de I'intelligence, de la science et de I'industrie, qui s'imite et se transmet ; quant a Tinspiration individuelle, de m^me que la bonne volonte, elle s'6vanouit tout entiere avec le poete et avec I'artiste, semblable k une

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