‹ Morale et progrèsChapitre 82 sur 199 · Voir les inflexions sur la cHtique, 2* partie · texte numérisé non relu

Voir les inflexions sur la cHtique, 2* partie

le soaarticul^, le langage. Pour qu 'elle piiisse exprimer ce qu'elle sent, pour qu'elle puisse chanter, il faut que cet instrument ait un certain degi'6 de perfection, de souplesse et de richesse. Si la langue etait tout a fait ingrate et ne pouvait se preter ^Texpression de certains sentiments et de certaines pensees, la poSsie serait condamn^e a demeurer enferm6e dans^l'imagination et le coeur des poetes, tout comme la statue dans la pensSe du sculpteur, faute de mari>re ou de pierre. Le genie d'Homere lui-meme n'aurait pu se manifester, s'il n'avait en pour instrument, comme le dit Macaulay, que le langage des sauvages de la Nouvelle-HoUande ; Phidias n'aurait pas fait sa Minerve avec un tronc d'arbre et une arfite de poisson * . Cependant il y a wicore k remarquer, en favour de la spontan6it6 de la po6sie, que son instrument necessaire, le langage, est lui-meme, pour la plus grande part, un produit spontane du g^nie des peuples.

La po6sie, a laquelle il faut joindre Teloquence, est done un art plus intellectuel, plus degag6 de Tel^ment technique que la musique, la sculpture, la peinture et I'architecture ; voila pourquoi elle est plus susceptible, comme Ta re-

1. Essais Htt&aire$, article sur Dryden, traduction de Guillaume Guizot.

CRAPITRE SEPTIEME 139

inarqu6 Hippolyte Rigault, d'atteindre du premier coup au plus haut degr6 de la perfectioa*. De la aussi une distinction faite par Tabb^ du Bos entre les arts perfectibles et les arts immSdiatement parfaits ^y distinction qui n'est toutefois exacte qu'atitant qu'on restraint k la partie mat^fielle et technique la perfectibilite des premiers, et qu'on sous-entend, pour les seconds, cette condition essentielle d'une langue qui ne soit pas absolument rebelle aux inspirations du g^nie.

Ainsi il y a un progres dans les proc6des de la peinture, dans Fart de produire, de manier, de fixer les couleurs, dans les instruments de musique, dans Forchestration et, Ji certaines 6poqueSy dans la richesse, la souplesse de la langue oratoire et poetique, mais non dans le genie des peintres, des musiciens, des poetes et des orateurs '. Quel est le poete, Tartiste, Forateur des temps modernes, qui puisse se vanter de Fem-

1. HUtovre de laquerelie des anciens et des morferne^, Conclusion*

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