CHAPITRE SEPTlfeMB
rience, tandis que Tart est le r6sultat du sentiment et de rimagination... En tons lieux, en tout temps ou les donnees premieres ne font pas d6faut, Tart a pu atteindre sa perfection intrinseque, et n'est-ce pas pour Tartiste une magnifique grandeur d'appartenir k cette race ou chacun fait sa noblesse soi-meme, sans espoir de depasser sea aieux, mais avec la certitude de ne pas etre d6' pass6 par ses descendants * ? »
Macaulay ne marque pas moins bien cette opposition entre la faculty de Timagin^tion et de la poesie et les moyens par lesquels elle s'exprimer et produit des oeuvres plus ou moins paffaites. « Avec le temps, dit-il, les instruments qu*emploie imagination arrivent h la perfection.
Les hommes n'ont pas alors plus d'imagination que leurs rudes ancetres. Nous sommes meme fort portes a croire qu'ils en ont beaucoup moins. Mais leurs oeuvres d'imagination valent mieux k partir de ce moment et, pendant un certain temps, la diminution des facultes po6ti(|ueS est amplement compens6e par Tamelioration de tous les moyens et de tons les instruments qu& ces facult6s r6clainent ^. »
Dans son beau livre sur la Litterature^ M"^° de
1. Lettres h un voyageur, Revue des Deux-Mondes, 15 mai 1864.
2. Essais littiraires, trad, de Guillaume Guizot, Essai sur Dryden.
142 MORALE ET PKOGR^S
Stael, quelque enthousiaste qu^elle soil de la doctrine de la perfectibility, distingue bien, comme Marmontel, la pensee, les id^es, qui seules sent perfectibles, de Timagination qui ne Test pas. Du premier jet, dit-elle, la poesie a atteint un genre de beautes qui n'a pas et^ d^passe. « Tandis que dans les sciences progressives le dernier^ pas est le plus ^tonnant de tous, la puissance de Fimagination est d'autant plus vive que I'exercice de cette puissance est plus nouveau ^ . )>
Tout en se produisant au dehors par des oeuvres plus parfaites et plus brillantes, rimagination pent bien n' avoir pas fait de progr^s, ou mSme demeurer au-dessous de ce qu'elle a 6t6 chez des hommes grossiers, auxquels la langue et les instruments ont plus ou moins fait dSfaut pour peindre, pour sculptor, pour faire de la musique, pour exprimer d'une maniere quelconque ce qu'ils sentaient dans leur kme. L'artiste ne produit des (Buvres plus ou moins parfaites qu'avec le concours de circonstances plus ou moins fa vo rabies, k la condition d'instruments plus ou moins perfectionnis, mais le genie ne crott pas plus, en raison des progres de la langue et des proced^s techniques, que la vertu elle-meme en raison des progres de la civilisation et de la police de