CHAPITRE HUITIEME io
le naturaliste allemand Haeckel * et ses disciples, ce ne seraient pas seulement certaines particularit6s, des accidents au physique et au moral, qui seraient hereditairement transmis, naais les caracteres essentiels, les types de Tespece, c'est-fi-dire Findividu tout entier, en vertu de la Idi d'apres laquelle le semblable produirait immediatement le semblable. On ne pent, a ce qu'il nous semble, faire remonter si hautrh6r6dite, amoins d'une sorte de contradiction, ou d'un changement complet dans le sens et la valeur des mots. Ce n'est pas en premier, mais en second, que vient Tinfluence de Th^redite; il ne saurait lui apparlenir de creer un type primitif , mais seulement de le modifier et de transmettre ces modifications. II faut qu'elle ait sa racine en tjuelquc chose qui la pr6cfede et qui n'en vienne pas. Autant vaudrait mettre la memoire ayant la perception que rh6r6<lit6 avant Finn^it^, c'est-a-dire avant ce dont on herite. C'est en vertu d'une loi ant^rieure et superieure 5. Th^r^dit^ qu'ont du exister les types primitifs; c'est anssi en vertu de cette meme loi qu'ils doivent se perp^tuer,
i. Histoire de la cHatioHy trad, par le docteur Letourneau, lecons VII, viii, ix, i. Gros ia-8, i874.
Haeckelf ou la TMorie de revolution en Allemagne^ chap. ii. /f^r^diU^ par L6on Dumont, in-8, chez G. BailliSre, 1873. Voir aiissi FEMditi, parTh.Ribot, in-8, Ladrange, 1873. II® partie, chap, ii, les Lois de Th^r^dit^.
irii MORALE ET PROGRfiS
sans rintervontion de Theredit^, qui seinble d'ailleurs lout k fail insuffisantc pour en garantir la eonsiance el la r6gularit6.
R^duisons done tout d'abord aux parlicularites et aux aeei dents le vrai domaine de rher6dite. Distinguons encore entre les parlicularites de Tordre purement physiologique et celles do Tordre moral. L'h6r6dil6 des accidents de structure anatomique, de dispositions organiques et de temperament, raptilude a cerlaines maladies, sent des phenomenes frequemmenl observes, quoique non constants, chez Thomme el dans les animaux.
Nous n^avons pas rintention de contesler Texislence des fails d'h^r^diie dans Tordre physiologique. Mais ils deviennenl beaucoup moins nombreux el moins certains quand il s*agit de parlicularites de Fordre mental et afFeclif. A mesure qu'on s'61eve, des regions purement physiologiques ou pathologiques, a celles ou inlervient davanlage Taclivile de Tesprit, on voil I'lieredile perdre de sa Constance et de sa force ^ On elle semble plus manifcste, c'est surlout dans la folie, dans les maladies morales, les penchants vicieux, qui sans doule sonl dans une plus elroite dependancc de Tetat physiologique. Nous ne nions done
1. PapilloD, oriicle sur rh6r6dit6, Revue des Deux-Mojides, 15 aoAt 1873.
CHA.PITRE HUITIEME Kvo
pas rinfltience de rh6r6dit6, meme dans Tordre moral ; nous n*oserions pas affirmer, avec M. Lordat, « qu'il n*y a point de genealogie descendante des qualit6s du sens intime. » Nier cette g6n6alogie d'une maniere absolue, ce serait, comme nous Tavons dit dans un autre ouvrageS nier les rapports du physique et du moral ; ce serait voiiloir faire Tame tout a fait ind^pendante du corps. Mais nous pre tendons que Fli^redite, restreinte en ses justes limites, en ne prenant que ce qui est i^eellement demontr^, laisse subsister la part de spontan6ite et de liberty en vertu de laquelle rhomme demeure le seul veritable artisan de toutes les decadences, comme de tons les progress, Conlbien, d'ailleiu-s, n'est pas plus rare et plus difficileii constater cette transmission des qualites du sens intime que celle des qualites purement physiologiques? Quelle rude tache n'assumera pas M, Taine, s'il entreprend de prouver ce qu'il avance, « que, sauf accident, tout ce que nous avons et lout ce que nous sommes est un legs de nos ascendants M » Ici, d'aillcurs, suivant nous,
1. Le Principe vital et i'dme pensante, 2° 6ilit., in-12, che2 Didicr, 1873. Cbap. xxiv.
2. Une disciissioa iQl6re9santc a cu lieu r6cemment sur ce sujet h rAcddeiiue des sciences morales et politique^, h propcs (le I'ouvrage de M. Ribot surriieredil6; nous avons mis h profit les observations do MM. de R6musat, de Parieu, Franck et Caro.