CHAPITRE HUlTlfiME 16o
obliges de croire, jusqu'a un certain point, a cetle her6dit6 bizarre et capricieuse qui, passant pour ainsi dire par-dessus la tete de plusieurs generations, de latente qu'elle 6tait, devient manifesto et s'abat sur ceux qu'on devait en croire pour jamais a I'abri. Mais, sans nier Tatavisme, il nous est permis de faire remarquer combien on pent en abuser dans une pareille discussion, combien cortaines observations de ce genre sent contestables, si Ton tient compte de tant d'autres causes qui ont pu produire dans une famille tel ou tel eflfet, comme la folie, par exemple. D'ailleurs il importerait de savoir jusqu'oii on fait monter ou redescendre Tatavisme, ou si on I'enferme dans un certain nombre de generations. Le poursuivra-t-on, sans s'arreter k aucun degrfi d6termin6^ a travers les genealogies, aussi loin qu'il est possible de remonter? Encore une fois, avecuue pareille methode, on est bien assure d'avoir toujours raison. Sauf la mauvaise foi et la violence, les disciples de Galton, en raisonnant ainsi, nous rappellent la discussion du loup de la fable et de I'agneau. Le loup dit k Fagneau :
Si ce n'est toi, c'est done ton fr^re.
L'agneau n'apas defrere.
Peu importe ! repond le loup :
.....C'eRt done ijuelqu'im des Hens,
166 MORALE ET PBOGKES
En outre de toutes ces coincidences empiriques qui sont le pur eflfel du hasard, que de causes eirangeres qui agissent en sens contraire de Vh6^ redite et qui peuvent annuler ou simuler son influence I Ainsi r^ducation seule ne peut-elle produire la ressemblance psychologique et morale des enfants avec les peres? II semble inutile d'insister sur cette force, si grande et si connue, de I'dducation, des lecons, des exemples de la famille.
Mais a I'influence de Teducation vient encore s'ajouter un instinct puissant, celiii de rimitfCtion qui, joint a Tiducation, explique bien des faits attribu6s a Thfir^dite. Ce qui vient de Fimitation ne saurait etre le fait de Th^redit^ ; tout autant oil donne a Fimitation, tout autant ilfaut 6ter a rh6redit6. Cependant, par une sorte de conb^adiction, M. Bagehot, qui fait si grande la part de rh6r6dite, semble vouloir faire plus grande encore rinfluence de Timitatioh. Ainsi, c'est a Fimitation traditionnelle et inconsciente qu*il attribue d'abord la force dominante dans la fonnation des caracteres nationaux.
Un individu plus fort, plus vaillant, a acquis une predominance fortuite sur les autres ; chacun a les yeux sur lui, chacun cherche a se faconner sur ce modele. « Un caractere national n'est, dit-il, qu'un caractere local qui a fait for4:ime , exactement comme la langue nationale n'est qu'un dialecte lo-