X!II
— Papa, me dit tout bas Jules, ça n'est pas bon de chercher les défauts des autres. Les meilleurs amis se fâchent, tu vois.
— J'espérais, lui dis-je, que chacun se serait conienté de parler des siens.
— Ton article aurait été plus court, » me dit mon malin Jules en riant.
Cependant Raoul, ému de l'audace de ses représailles contre son imposante petite cousine, allait essayer une réconciliation qui ne paraissait pas facile, quand une voix, à l'autorité de laquelle aucun des assistants n'était en fonds pour résister, imposa, par grand bonheur, silence à toutes les récriminations. C'était la voix puissante de la bonne M"' Anna annonçant gracieusement sa venue par ses hihan! prolongés. Si M"' Anna était si gaie, c'est que probablement elle avait bien déjeuné.
La discussion tomba à ras de terre devant cette formidable fanfare, comme autrefois les murailles de Jéricho
devant celles des fameuses trompettes.
m SI LES PARENTS ONT DES DÉFAUTS.
« En roule! s'écria toute l'assistance, heureuse de quitter un terrain où chacun se brûlait les doigts à son tour. En route!...
— En route, soit. Mais auparavant faisons une paix générale, et que tout le monde s'embrasse. »
Je dois convenir que, bien vite oublieux de leurs petits griefs, pas un de mes petits amis ne se fit prier.
Ce fut une mêlée, un cliquetis d'embrassades. Au bruit des baisers sortant, comme des oiseaux babillards, de tous ces frais petits becs, on se serait cru dans une volière.
Les plaies ne sont pas mortelles qu'un bon baiser peut guérir.
L'arrivée de Jean annonçant que madame faisait dire que dans dix minutes tout serait prêt pour le départ, mit fin à ce mémorable congrès.
Je promis d'être dans le jardin au premier appel, et je mis à profit les dix minutes qui me restaient pour compléter par quelques mots ce qui précède, car tout n'avait pas été dit et tout ne sera jamais dit sur ou plutôt contre la gâterie. On pourrait faire cent volumes de tous ces méfaits, et, si j'ai le temps, je les ferai peut-être un jour.