CONCLUSION
Ce défaut des parents qui gâtent trop leurs enfants, il faut bien que messieurs les petits garçons et que mesdames les petites filles le sachent, ce sont eux qui en sont surtout coupables et responsables.
Oui, quand un enfant est trop gâté, c'est la faute de cet enfant-là plus encore que celle de son papa et de sa maman.
Si, au lieu d'abuser de la trop grande faiblesse de leurs parents, ils s'arrêtaient d'eux-mêmes quand cette faiblesse va trop loin, ils n'exposeraient pas leur pauvre père et leur malheureuse mère au remords éternel d'y avoir succombé, et d'avoir fait, par suite, des petits êtres qu'ils adorent des créatures insupportables au genre humain tout entier.
Les enfants le savent mieux que moi , ils pourraient tous être plus raisonnables qu'ils ne le sont, ils pourraient bien ne pas forcer leurs parents, trop bons , à tomber si souvent dans le défaut de la gâterie.
Au lieu d'être opiniâtres, persistants, têtus dans un désir, dans une demande déraisonnable, ils pourraient bien, dès qu'ils voient la répugnance de leurs parents à les satisfaire, ils pourraient bien s'en tenir là.
Mais, au contraire, la m^re a dit « non, » elle a dit plusieurs fois : « C'est impossible ! » le méchant enfant continue la lutte. Les yeux de la pauvre chère maman sont pleins de larmes en voyant cette opiniâtreté ; au lieu de sécher les larmes de sa mère par un baiser qui voudrait lui dire : « Tu as raison, » il se met à pleurer lui-même jusqu'à ce que, désolée, la trop tendre mère ait cédé.
Est-ce que ce n'est pas affreux ?
Cependant qu'arrive-t-il ? L'enfant ingrat recommence ; il devient odieux à ceux même qui étaient le plus portés à le chérir, et le cœur de la mère n'est bientôt plus qu'une plaie ; et l'enfant qui aurait pu être sa
joie devient son supplice ; car son affection pour lui ne Tempêche pas de reconnaître ses défauts et d'en sentir les douleurs, et de voir que, n'étant pas aimable, il ne sera jamais aimé que par elle.
Que ne donnerais-je pas pour convaincre les enfants que quand de bons parents qui les aiment par-dessus tout sont obligés de leur dire « non », il ne faut pas qu'ils leur fassent répéter ce non, qui leur coûte toujours tant à dire.
Si, après un refus, l'enfant, à force d'importunités, obtient un oui, qu'il le sache bien, il a obtenu une chose désastreuse. C'est la plus triste des victoires que celle qu'un fils ou une fille remporte sur la raison d'un père ou d'une mère.
Cette victoire-là devrait le faire pleurer, car cette victoire c'est son avenir tout entier qui la payera.
Je veux finir par une histoire qui prouvera que les meilleurs enfants ne sont pas les plus gâtés.