‹ Morale familiereChapitre 21 sur 77 · LES SUITES D'UNE ÉTOURDERIE · texte numérisé non relu

LES SUITES D'UNE ÉTOURDERIE

« Grand-père, disait Fritz, tu nous arrêtes toujours ^uand nous voulons nous amuser. Laisse-nous jouer, grand-père ; tu es pourtant content quand tu nous entends rire.

— Pas toujours, dit le grand-père, pas toujours. Les enfants sont très-étourdis. Ils rient quelquefois de ce qui doit plus tard les faire pleurer. Ils ne pensent pas à tout. Ils ne savent pas qu'avant de faire ce qu'ils appellent une malice, ils devraient bien se demander si cette malice n'est vraiment qu'une malice et ne conduit pas à une méchanceté. Voyez-vous, mes petits, il est bon de mettre au commencement de tout un peu de réflexion. Il y a un proverbe qui dit : « Rira bien qui rira le dernier, m Quand vous riez trop, j'ai toujours peur que vous n'ayez dit ou fait quelque sottise.

— Oh! grand-père, dit Fritz, comme c'est méchant ce que tu nous dis là! et ton proverbe, qu'est-ce qu'il vaut? Es-tu bien sûr qu'il ait raison? Je trouve, moi, que celui qui rit le premier est, au contraire, le plus heureux, puisqu'il est le premier content.

— Fritz, mon Fritz, ne dis oas de mal de mon pro-

verbe, répondit le grand-père; un jour viendra, et plus tôt que je ne voudrais peut-être, oîi tu comprendras sa sagesse. »

Fritz remuuxt la tête comme quelqu'un qui ne veut pas se rendre : « Grand-père, dit-il, les proverbes sont pour les hommes, les enfants ne peuvent pas les entendre, et ce n'est pas leur faute. »

Le grand-père reprit : « Ma mère me disait toujours, quand j'étais un étourdi comme toi : « Pétrus! quand tu « veux faire une farce, prends bien garde. Les farces, « les plaisanteries, les moqueries, les tours qu'on joue « aux camarades, demandent à être bien mesurés pour « ne pas tourner à mal. » Lorsqu'on veut faire une action sage, on peut aller plus vite, on peut même se dépêcher. On n'a pas besoin d'y penser six mois à l'avance, car il faut toujours être pressé de bien faire. Comme c'est Je cœur et la raison qui inspirent les bonnes actions, il y acent à parier contre un qu'il n'en arrivera que du bien ; mais quand il s'agit d'une espièglerie, comme c'est la folie qui vous pousse, on ne peut pas trop y regarder avant de se la permettre. Les conséquences de ce qu'on croit une plaisanterie, qui est-ce qui peut les prévoir? Si le germe n'est pas bon, le fruit qui vient ne peut être que mauvais.

— Oh! grand-père, dit Fritz, comme il est long ce sermon-là! Si tu le fais continuer il va user tout le beau temps. »

Le grand-père sourit, et Fritz s'échappa pour aller jouer sur les ruines avec ses camarades.

Jouer, s'amuser, c'est bien innocent, sans doute; encore faut-il savoir à quel jeu on jouera.

ïi. FAUT fENSER A TOUT. 89

Le choix du jeu, c'était le moindre souci de Fritz.

a Dès qu'on s'amuse, se disait-il tout en grimpant aux ruines autour desquelles il avait l'habitude de rencontrer ses camarades , dès qu'on s'amuse, c'est que lo jeu est bon. »

Arrivé aux ruines, où il trouva Joseph avec son frère Jacob et aussi Lina, la fille de son oncle, les jeux commencèrent. On joua à se cacher, ce qui était bien commode avec les vieilles tourelles, les escaliers et les vergers en pente de l'ancien château. Il y avait beaucoup de cachettes, dans les recoins des vieux murs, derrière les vieux arbres aux gros troncs, aux branches feuillues et même dessus, et on joua aussi à courir.

Cela n'était pas mal du tout, car il est bon de se dégourdir les jambes, de s'apprendre à monter, à descendre, à devenir leste, adroit et dispos.

Le malheur voulut que ce jour-là les enfants fissent la rencontre d'un vieil arrosoir tout déformé, tout rouillé, qui, ne servant plus à rien, avait été jeté dans un coin depuis de longue années.

Le jeu de l'arrosoir commença par un grand coup de pied que Fritz lui donna et qui l'envoya dégringoler, avec un beau bruit de ferraille qui se disloque, tout le long du ravin.

Chacun, après Fiitz, donna son coup à l'arrosoir, et c'était à qui le lancerait et le plus vite et le plus loin, et rirait le plus fort des bosses que le vieil outil du jardinier attrapait dans ses chutes sur les grosses pierres, et des sons enroués qu'il rendait quand il retombait de très-haut.

Cependant la bande joyeuse commençait àse lasser du

go /î. FAUT PENSER A TOUT.

jeu, quand l'arrivée d'un nouveau joueur vint lui rendre (oute son animation.

Ce nouveau joueur c'était l'ami, c'était le favori de tous les enfants, le plus gai et le plus alerte compagnon de la troupe, c'était le bon Turc, le chien favori du grandpère. Il avait vu élever les enfants, il faisait partie de la famille, ce bon Turc, et il était de tout dans la maison, des corvées comme des jeux.

Turc faisait un somme quand Fritz avait quitté la chaumière du grand-père, mais Turc, en bon chien qu'il était, ne dormait jamais que sur une oreille, l'autre toujours était sur le qui-vive. Les cris des enfants, les éclats de leurs rires et le vacarme que faisait Tarrosoir par eux bousculé du haut des ruines, descendaient jusqu'à lui. Turc, qui n'était pas bête, se dit : « On joue là-baut, et sans moi! mais à quel jeu joue-t-on? » Les toc-tocs sonores de l'arrosoir l'intriguaient, il ne devinait pas ce que c'était : « Allons voir! » se dit-il; et sans plus de réflexion il fila comme un trait, et, en bon compagnon qui vient prendre sa place dans une partie, il apparut la queue en l'air au milieu de ses camarades au moment oij déjà le jeu de l'arrosoir languissait. Turc, comme tou' jours, fut accueilli avec des cris de joie.

Ah le pauvre Turc! s'il avait su!... Mais faut-il s'étonner que les bêtes ne réfléchissent pas, quand les gens réfléchissent quelquefois si peu?

Avec Turc le jeu de l'arrosoir reprit de plus belle.

Il fallait voir comme Turc était drôle quand il courait après l'arrosoir bondissant, comme il était fier lorsque, l'ayant rattrapé, il le rapportait dans sa gueule à son ami Fritz. Oui, oui, c'était amusant de voiries gambades

fêNiivun

TURC s'Était jeté sur fritz terrifié.

et les mines du bon Turc roulant sur les pentes avec l'arrosoir, quand il avait sauté dessus et que, son élan l'ayant emporté plus vite qu'il n'avait compté, il culbutait avec lui.

A tout cela il n'y avait pas de mal assurément, et si les enfants s'en étaient tenus là, la partie du matin n'eût peut-être laissé à tous, et à l'arrosoir lui-même qui s'ennuyait dans son coin depuis des années, que de bon§ souvenirs. Mais Fritz, qui ne savait jamais mesurer son plaisir, qui poussait toujours tout à l'extrême, eut par malheur une fâcheuse envie, celle de vouloir s'amuser davantage, et encore autrement, comme toujours.

Il avait de la ficelle dans sa poche, l'ami Fritz ; c'était une de ses passions la ficelle, et l'idée lui était venue tout à coup que ce serait très-drôle d'attacher l'arrosoir à la queue de son camarade Turc à l'aide de sa fameuse ficelle.

Turc, bon enfant comme toujours, s'était laissé faire. £st-ce qu'un bon chien, qui n'a jamais fait de mal à personne, peut se défier même de ses amis ?

Dès que l'arrosoir fut attaché à la queue du malheureux Turc, Fritz et les autres enfants se mirent à crier, à crier pour le faire courir, et voir l'effet de l'arrosoir traîné comme une voiture de fer-blanc sur les talons du bon chien.

Les cris étaient de trop ; Turc aurait bien couru sans cela. La peur et le mal que lui firent tout de suite l'arrosoir battant sur ses pattes de derrière et tirant par secousses sur sa queue y auraient suffi. Il ne l'eut pas plus tôt senti bondissant à sa suite, galopant derrière lui et à chaque bond le blessant et lui écorchant les jarrets,

que l'étonnement d'abord, puis la frayeur, puis la colère, le saisirent.

Il ne comprenait rien à ce qu'on lui avait fait là.

11 commença alors une course folle, qui d'abord fit bien rire Fritz et ses camarades ; mais les sauts extraordinaires de Turc révélaient un tel effarement, une si grande angoisse, que les enfants ne tardèrent pas à comprendre que le jeu pouvait tourner en supplice pour leur pauvre bon Turc.

« Oh ! Fritz, dit Lina, l'arrosoir fait trop de mal à Turc. Ote-le-lui bien vite. »

Lina était tout en larmes.

Quant à Joseph et à Jacob, ils étaient comme abasourdis.

Fritz, consterné et repentant, courait de toutes ses forces après Turc. Il l'appelait, il le sifflait. « Arrête! arrête ! » lui criait-il. Il n'avait plus qu'un désir, celui de réparer le mal qu'il avait fait et de débarrasser son ami Turc de la torture à laquelle, dans son étourderie, il l'avait condamné.

Mais Turc déjà n'entendait plus rien. Fou de terreur, il faisait des bonds prodigieux. Les fossés, les haies, les murailles même, il franchissait tout avec une rapidité vertigineuse. On l'eût dit emporté par un ouragan. A sa suite, l'arrosoir, détraqué par tous les chocs qu'il subissait, faisait un tapage infernal.

Fritz, hors d'haleine, à bout de forces, fut obligé de s'arrêter. Turc avait trop d'avance sur lui, le rattraper était impossible.

Au tournant du cimetière. Turc avait disparu dans la direction des grands bois. Les enfants se regardaient

IL FAUT PENSER A TOUT. o^

tout penauds. Fritz, plus coupable que les autres, sentait au fond de sa conscience la flèche aiguë du remords.

Ah ! pourquoi avait-il cédé à la méchante idée d'attacher l'arrosoir à la queue du chien de grand-père? Et pourquoi surtout l'avait-il si bien attaché qu'on ne pouvait pas même espérer que le pauvre animal pût le perdre en courant?

Qu'allait devenir Turc ?

Fritz se rappelant alors qu'avec sa ficelle maudite il n'avait jamais fait, en somme, que des sottises, qu'elle ne lui avait jamais servi qu'à faire de très-mauvaises niches à ses camarades, à barrer, le soir, sans rien dire, leur chemin pour les faire tomber, ou à fabriquer des fouets pour les cingler, Fritz tira avec colère ce qui lui en restait de sa poche et le jeta bien loin par-dessus le grand rocher.

Mais à quoi bon cette ficelle perdue? Ce n'était pas çlle qui était coupable, mais bien l'emploi que Fritz en avait fait.

Gela ne remédiait à rien de se fâcher contre la ficelle.

Comment rentrer sans Turc? Que dirait le grandpère si son bon ami Turc ne reparaissait pas à l'heure du dîner au logis, lui qui jamais, non jamais, ne manquait cette heure-là? Et que penserait-il surtout, le grandpère, si Turc reparaissait traînant encore son arrosoir, très-malade peut-être et les pattes déchirées ? Grandpère verrait bien tout de suite que l'arrosoir ne s'était pas accroché tout seul à la queue du pauvre Turc.

Dans son embarras, l'idée vint à Fritz qu'il se ferait

peut-être pardonner de grand-père s'il pouvai't lui montrer qu'il avait pourtant pensé à lui et essayé de bien finir une journée si mal commencée. Il pria donc Joseph, Jacob, et surtout Lina, qui était une petite fille bonne et adroite, très-aimée du grand-père, d'aller tout conter au grand-père, et de lui faire savoir aussi que, s'il ne revenait pas pour midi, c'est qu'il était allé au grand bois pour tâcher de lui ramener son Turc. Lina devait dire encore que, tout en cherchant Turc, et pour ne pas perdre son temps au bois, Fritz en rapporterait un bon fagot.

Dans la forêt, Fritz ne trouva rien que du bois mort, que les grands vents du dernier orage avaient fait tomber en abondance ; mais nulle part il ne rencontra Turc. Après avoir fait tristement son fagot, après avoir appelé encore, et de toutes ses forces, et bien souvent: « Turc ! Turc ! Turc ! » sans que personne lui répondît, sinon l'écho de la Gorge-aux-Loups, il vit bien qu'il n'avait rien de mieux à faire que de se remettre tout seul en route avec son fagot pour la maison.

Au sortir du bois, il appela, il regarda une dernière fois ; mais là non plus, quoiqu'il eût de bons yeux, il ne vit rien au loin dans la plaine. Turc n'était nulle part dans tout l'horizon.

Déjà Fritz, avec sa charge sur le dos, était près du village, plus chagrin à mesure qu'il approchait, bien qu'il ne soupçonnât pas encore la centième partie de tout le mal qu'il avait causé, quand il entendit tout à coup un bruit comme aurait été celui d'une cloche fêlée descendant plus vite qu'elle ne l'aurait voulu les marches d'un e&calier en pierre.

« Le bruit de l'arrosoir, se dit-il, oui, c'est le bruit de i'«rrosoir! »

Mais pourquoi ce bruit sonnait-il à ses oreilles comme celui du tocsin? « Car enfin, se disait-il, si c'est l'arrosoir que j'entends, c'est Turc aussi qui revient, et je devrais être content. Si Turc était retrouvé, tout pourrait encore s'arranger...

« Ah! comme je vais bien vite débarrasser Turc, pensait-il encore, dès que je le tiendrai ; et s'il m'en veut, comme je ferai tout pour qu'il me pardonne ! D'abord je lui donnerai ma soupe et mon pain, à ce pauvre Turc, et puis je le mènerai au ruisseau. Après l'avoir fait bien manger, il aura soif: je le ferai boire... j»

Boire !

Hélas ! le pauvre Turc ne devait plus boire jamais.

Ce que Fritz avait entendu, c'était bien le bruit de l'arrosoir; c'était bien Turc ! Turc, que sa course furibonde et un reste d'instinct peut-être ramenaient au village ; mais ce n'était plus le bon et aimable Turc de tous \es jours, l'ami et le gardien fidèle de la maison, le gai compagnon de toutes les fêtes.

C'était un Turc terrible et misérable, un Turc à l'œil sanglant, à la gueule béante, ayant l'écume aux dents. C'était Turc méconnaissable et hors d'état de reconnaître personne, même ses meilleurs amis; c'était Turc en proie, pour tout dire en un mot, à un mal qui ne pardonne pas... à la rage.

C'était Turc devenu enragé.

Dans ce qu'on appelle trop facilement des hasards, il se rencontre des faits où la conscience humaine est obligée de reconnaître la justice de Dieu.

gd IL FAUT PENSER A TOUT.

Au tournant de l'escalier des ruines, un de ces prétendus hasards mit soudain en présence le bourreau et sa victime, Fritz et Turc: — Fritz pâle et décontenancé, — Turc farouche, exaspéré par son mal.

C'est un des effets de la rage qu'un chien enragé se jette fatalement sur tout être vivant qu'il rencontre. Fritz était son premier obstacle ; en moins de temps que je n'en mets à le dire , et plus rapide que la foudre, Turc s'était donc jeté sur Fritz terrifié.

Non! un loup furieux fondant sur un agneau n'eût pas été plus terrible. Avant que Fritz, qui ne soupçonnait pas l'état dans lequel était Turc, eût pu songer à faire un mouvement pour l'éviter, les dents de Turc s'étaient enfoncées si profondément dans son épaule, que le pauvre garçon avait failli s'évanouir de douleur.

La fin de l'histoire, je voudrais pouvoir la cacher. Mais à qui profiterait-elle si je n'allais pas jusqu'au bout?

Fritz fut ramené plus mort que vif chez sa mère par ses petits camarades. Cachés derrière la rampe de l'escalier des ruines, Joseph, Jacob, Lina et d'autres enfants du village avaient été témoins de l'effrayante scène.

Pour sauver Fritz des suites d'une si dangereuse morsure, il n'y avait pas une minute à perdre. Par bonheur un médecin célèbre de Strasbourg, le docteur Schusten, avait sa maison de campagne dans le pays pendant la saison d'été. Aux premiers mots des enfants envoyés pour le chercher, il avait tout compris. Le maréchalferrant demeurait à côté de la mère de Fritz; avant même de voir le malade, il entra dans la forge et, s'emparant d'une barre de fer qui rougissait au feu, il alla

droit au blessé. La mère Fritz avait déjà mis des compresses sur la blessure. Le docteur arracha les compresses, et, avec son fer encore rouge, il brûla sans pitié, et jusqu'à l'os, la plaie qu'avait faite la dent du chien sur l'épaule de Fritz.

C'était le seul remède alors connu contre la morsure des chiens enragés, et je crois que c'est encore le plus sûr.

Fritz supporta héroïquement cette cruelle opération. Malgré la douleur, il ne jeta pas un cri : «( Je l'ai mérité, disait-il, je l'ai mérité! »

Le fer rouge était encore dans la plaie qu'il disait au docteur : « Le chien de grand-père, est-ce que vous nb pourrez pas le guérir, monsieur le docteur ? H aurait été juste de le guérir plutôt que moi. »

Grâce à la promptitude de cette médication énergique, Fritz fut sauvé.

Mais Turc ! on ne pouvait pas même penser à le sauver, lui. La mort seule peut guérir les chiens atteints de la rage.

En un instant, à la nouvelle qu'un chien enragé courait dans le pays, l'épouvante s'était répandue dans le village. Contre l'attaque d'un chien enragé, les plus braves ont le droit de pâlir.

Parmi tous les habitants, un seul eut le courage de faire face au danger, et ce seul fut le grand-père !

« Puisque son Fritz était le coupable, c'était, pensaitil, à lui de défendre les femmes et les enfants des autres.»

Armé d'une hache, le cœur saignant à la pensée de l'horrible sacrifice devenu pour lui nécessaire, mais

q8 il faut penser A TOUT.

résolu, le vieux soldat s'était porté en avant du village.

Dieu épargna pourtant au grand-père la douleur d'avoir à porter le coup fatal à son fidèle serviteur. C'eût été trop cruel que Turc mourût de la main de celui qui l'avait tant aimé. >>■.

La mort de Turc fut digne de sa vie.

Il semble que toute sa rage se fût épuisée dans son attaque contre Fritz.

Cette vengeance involontaire accomplie, il était retombé morne sur ses quatre pattes, et, comme si soudainement la raison lui fût revenue, on le vit, traînant l'instrument de son supplice, s'avancer à pas lents vers son maître. Son regard se leva une fois encore sur lui tout chargé de tendresse, un sourd gémissement, quelque chose comme une plainte ou une prière s'échappa de sa poitrine, et, s'étant couché aux pieds du grand-père, il expira.

La mort de Turc fut un deuil et une leçon pour le village tout entier. Depuis le plus grand jusqu'au plus petit, tous comprirent que le respect de l'homme est dû aux animaux qui le servent, et qu'abuser d'eux, de leur soumission, de leur amitié et de leur bonté est un crime.

Turc fut enterré tout près du village, dans un joli pré, par ses anciens camarades désolés ! Ah ! le pauvre Turc!

Ah! le pauvre Fritz! devrions-nous dire aussi; car l'auteur d'un mal est plus malheureux encore peut-être que celui qui en a été l'innocente victime.

Fritz n'est plus un enfant à l'heure qu'il est, c'est un homme depuis longLemps. Eh bien, le souvenir de Turc, le souvenir de sa faute n'est Jamais sorti de sa mémoire.

Page 1