EZA, SUR LA IJOUTE DE LA COUNICUE
mes amies a écrit même un chapitre de cet ouvrage, ses Souvenirs. L'autre a publié un livre non moins singulier: Cinq semaines en ballon^ où il raconte toute une traversée en Afrique faite dans les airs par trois Anglais. Va te montrer à ces gens-là, ma mignonne, tâche de leur plaire, fais-leur toutes tes grâces ; je voudrais les entendre raconter quelque chose. »
La petite hirondelle ne se fit pas faute d'être aimable pour les nouveaux venus. La connaissance fut bientôt faite. Les deux Parisiens avaient choisi la chambre du hautpour avoir la vue plus belle. On était voisin. Ils jasaient sans défiance à leurs fenêtres. La corneille ne perdait pas un mot de leurs discours. Ce n'est pas qu'ils fussent bavards; mais ils faisaient tant de questions au vieux marin que la corneille appritainsi tout ce qu'elle voulut sur les expéditions célèbres auxquelles il avait pris part. Ce vieux marin se levait avant le soleil ; dès l'aube on entendait sa bonne grosse voix :
« N'oubliez pas le déjeuner de l'hirondelle !
— Il est déjà prêt, » répondait une autre voix, mais si douce, si gaie, si fraîche et si cadencée, si alerte, qu'on l'eût prise pour celle d'une alouette. C'était la voix de sa jeune fille. Cette gentille petite personne partageait l'engouement de toute sa famille pour le petit oiseau de Paris.
« Quel dommage, disait-elle, qu'une si jolie hirondelle n'ait pas de mari! Elle ferait son nid chez nous. Elle bâtirait dans le pays, d'autres l'imiteraient, et la colonie s'en trouverait bien. »
Bref, tout le monde aurait bien voulu les garder. Mais le moyen?
Au bout de deux mois, l'hirondelle, se sentant guérie,
demanda à sa vieille amie si l'on ne pourrait pas, avant de reprendre le chemin de Paris, voir un peu de pays nouveau, aller un peu plus loin.
« Être si près de l'Italie et n'y pas mettre le pied, ce serait impardonnable.
— Rien n'est plus facile,» répondit la bonne corneille; etilfutconvenu qu'on partiraitle lendemain ; on irait par mer jusqu'à Bordighera; on s'en tiendrait là; on reviendrait par terre, pour bien voir l'admirable chemin de la Corniche, qui contourne et domine toutes les côtes, et dont on ferait ainsi la plus belle partie. Il fut bien un peu question de donner un coup d'œil jusqu'à Gênes :
« Mais non, dit la corneille, cela nous entraînerait trop loin. Une fois à Gênes, nous voudrions voir Florence, puis Milan, puis Rome, puis Naples, puis Venise. Il ne faut pas goûter à l'Italie quand on ne peut pas se donner l'Italie entière ; gardons cela pour une autre fois. Cette excursion ainsi limitée nous laissera huit jours encore à donner à notre cher golfe avant notre départ définitif. Notre retour à Paris nous prendra bien, avec les stations, trois semaines et peut-être un mois. Nous serons àNotre- Dame de Paris pour le retour des hirondelles. »
Ce plan eut le bonheur de plaire également aux deux amies, — et le lendemain, au moment où le soleil allait se montrer au-dessus de la Garoupe, — elles dirent adieu et au revoir au golfe Juan. Et les voilà parties.
Ce fut une joie sans mélange pendant toute la traversée, car je ne puis citer au compte de la douleur le doux et pieux regret qui s'exhalait du bec de la petite hirondelle toutes les fois que quelque chose méritait plus particulièrement son attention :