AUX CLAMEURS JOYEUSES SUCCÉDÈRENT DES CRIS D'ÉPOUVANTE
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coutume du pays, débouchait à ce moment même d'une de ces rues, traînant à sa suite un tombereau chargé de pierres.
Voyant l'amoncellement des enfants, et craignant de ' faire un malheur dans cette foule étourdie, il voulut arrêter son cheval pour donner aux glisseurs tombés le temps de se relever et de lui faire place ; mais l'ombrageux animal, sentant à l'improviste le sol de la glissade fuir sous son sabot, avait refusé d'obéir. Après avoir tout d'abord trébuché sur la glace, puis fait un violent écart pour se rattraper, puis rencontré de nouveau le sol glissant sous ses pieds, il avait perdu brusquement tout | équilibre et s'était abattu comme une masse, entraînant ' sous lui dans sa chute son infortuné cavalier.
Le ctï sinistre dont j'ai parlé et qui avait terrifié tous ! les cœurs, c'était celui qu'avait p-oussé le malheureux charretier, dont la jambe, prise sous sa lourde monture, avait été cassée ou pour mieux dire broyée en quatre endroits.
Vous dire la stupeur des enfants, causes évidentes de cet horrible accident, leur effroi à la vue de cet homme, plein de vie il y avait un instant, et qui allait mourir i peut être sous leurs yeux, écrasé par leur faute, serait j impossible.
Ceux qui, dans ce moment-là, ne perdirent pas la tête coururent chercher du secours. Chaque seconde pouvait amener un sursaut infructueux du cheval abattu pour se relever, et alors c'en eût été fait du malheureux, sur lequel le puissant animal serait retombé comme une meule. Un mouvement du cheval pouvait l'achever.
Le pauvre charretier était un bon travailleur, aimé et
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connu dans toute la ville; ce fut de tous les points à qui viendrait à son aide.
La glissade rendait très-difficile et très-dangereuse l'opération de son sauvetage. Il fallait un véritable courage pour s'exposer sur le terrain perfide aux ruades du vigoureux animal, et un sang-froid extrême pour dégager l'infortuné Antoine sans aggraver sa situation. Ce ne fut donc pas sans peine qu'on y parvint.
Quelle plus cruelle leçon pour les enfants de la ville de *** que la vue du malheureux charretier, quand, tiré enfin de dessous la masse qui l'élouffait, il apparut gisant sur le sol, le visage ensanglanté, la jambe brisée, et que, placé comme une chose inerte sur un brancard improvisé, il fallutle porter, privé de toute connaissance, jusqu'à la petite maison qu'il habitait dans l'un des faubourgs de la ville.
Les médecins appelés avaient déclaré tout d'abord qu'il était impossible de répondre de sa vie.
Les glisseurs suivirent, consternés, le triste brancard,— et cependant ce qu'ils avaient vu n'était rien à côté de ce qu'il leur restait à voir.
Antoine était père de famille ; il avait une femme et trois enfants en bas âge dont son travail était tout le soutien. Je ne vous redirai pas ce qui se passa dans l'humble maison quand celui qui en était sorti fort et vaillant le matin pour se rendre au travail y fut ramené hors d'état pour toujours de gagner sa vie.
Non,je neveux pas vous montrerlà femme désespérée, les enfants sanglotant; — cette scène lamentable, vos cœurs ne se la représenteront que trop vivement.
Et cependant la terre n'est pas seulement un lieu de
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récréation, elle est aussi un terrain de combat. 11 faut donc que, dès l'enfance, on sacho qu'on y peut rencontrer des douleurs.
Les enfants de la ville de *'*, tous ceux sans exception qui avaient de près ou de loin trempé dans le complot de la glissade, se rendirent, l'oreille basse, les yeux rougis par les larmes, chez leurs parents.
Dans le trajet, ils s'étaient concertés sur le moyen de réparer leurs fautes. Après la conspiration du mal, était venue celle du bien. Mais le mal, ils l'avaient fait toiif seuls, et ils avaient bientôt compris que, réduits à euxmêmes, ils seraient impuissants pour le bien.
Il avait donc été convenu que chacun d'eux, après avoir confessé à son père et à sa mère sa faute et les suites terribles qu'elle avait eue, implorerait de leur bonté qu'ils voulussent bien désormais considérer comme des enfants adoptifs les petits enfants d'Antoine le charretier, et s'engager à pourvoir aux besoins de la famille à laquelle leur imprudence avait enlevé son appui.
Dieu, qui permet au malheur de s'abattre sur l'homme au moment où il est le moins préparé. Dieu sait quelquefois faire sortir le bien du mal lui-même. La ville de*** offrit alors un bel exemple de ce que peut le sentiment de la pitié et de la justice sur les hommes. Aucun des parents des enfants coupables ne refusa de s'associer au repentir de son enfant. Une souscription fut faite dans la journée même, dontleproduit futdéposé entre les mains du bourgmestre, et tel fut l'élan de ces bonnes âmes que le total des souscriptions put suffire à assurer le présent et l'avenir de la famille du pauvre Antoine. Sans doute rien de ce qu'on fît ne pouvait rendre à l'estropié l'usage de sa
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jambe; mais, au milieu de ses cruelles souffrances, il eut la consolation d'apprendre qu'il n'avait désormais à s'inquiéter que de guérir.
Pendant les six longs mois que demanda sa convalescence, il eut à son chevet successivement trois enfants de la ville, se relayant à l'envi pour lui donner les soins dont il avait besoin. Jamais homme ne fut mieux entouré, et l'affection que petits et grands lui montrèrent adoucit pour lui, autant qu'il était possible, les perspectives de la triste vie qu'il avait à mener.
Antoine est vieux à l'heure oîi je parle. Ses enfants sont devenus de bons travailleurs, comme l'avait été leur père. Ils peuvent dire, sans se tromper, que dans chaque homme de leur âge ils ont trouvé un frère. Cités d'ailleurs comme des exemples dans toutes les familles, ils y sont aimés de tous et de chacun.
Je veux que vous les aimiez à leur tour, et pour cela je n'aurai qu'à vous raconter ce qu'ils viennent de faire cette année.
L'époque approchait oii la pension qui leur avait été allouée devait leur être remise par le bourgmestre. La veille du jour où il avait coutume de les voir entrer dans son cabinet pour la toucher, le bourgmestre vit avec surprise les trois frères arriver. C'était vingt-quatre heures plus tôt que de coutume. Néanmoins le bon bourgmestre allait sortir pour une fois de ses habitudes de régularité en leur offrant la somme accoutumée, quand l'aîné des fils d'Antoine, l'arrêtant : « Tant que nous avons été hors d'état de pourvoir, par notre travail, aux besoins de notre père et de notre mère, ainsi qu'aux nôtres, lui dit-il, nous avons accepté sans scrupule ce que les bons habi-
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