IL EUT A SON CHEVET SUCCESSIVEMENT TROIS ENFANTS DE LA VILLE
LA GLISSADE
tants de la ville ont bien voulu faire pour nous. Mais aujourd'hui que nous sommes, grâce à eux. devenus des Sommes, il n'est pas juste que nous restions plus longtemps à la charge de ceux qui nous ont pendant si longtemps obligés. Nous aimons le travail, nous sommes forts, nous sommes bien portants; c'est à nous seuls que reviennent maintenant le droit et le devoir de faire vivre nos parents et nous-mêmes; nous venions donc aujourd'hui vous prier, monsieur le bourgmestre, de remercier encore pour nous ceux qui nous ont si généreusement remplacé notre père, et d'appliquer enfin à d'autres, plus en peine que nous, la pension annuelle qui nous était attribuée. »
Le bourgmestre était un homme droit et aussi simple que ceux qui lui parlaient.
Il leur répondit :
« Mes enfants, je remercierai de votre part ceux qui vous ont aidés jusqu'ici; — je leur dirai que leur tâche est achevée, et que vous entendez que la vôtre commence ; ils trouveront comme moi que vous avez raison et que vous êtes de braves garçons. »
Puis, les ayant embrassés, il les reconduisit jusqu'au bas de l'escalier.
Par exemple, il y a une chose à laquelle le vieil Antoine n'a pu se refuser. Les petites filles de ceux des habitants de la ville qui, dans leur enfance, avaient été les meneurs de la conspiration de la glissade, ont voulu continuer à acquitter à leur façon les dettes de leurs pères, et elles ne manquent jamais, quand vient la saison des Vruits, de lui porter leurs plus belles pommes au temps des nommes, leurs plus belles poires au tempsdes poires, leurs
l6o LES APTITUDES.
plus belles prunes au temps des prunes, et au temps des vendanges les plus beaux raisins.
D'oîi il suit que, sans avoir de verger, le fruitier do bon père Antoine est toujours le fruitier le mieux approvisionné de la ville.
Ainsi se trouve justifiée, dans son sens le plus aimable pour les enfants de lu petite ville de***, cette parole du Livre saint : « Les enfants payeront les dettes de leur père. »