‹ Morale familiereChapitre 55 sur 77 · ET DE L'ESPRIT DE LA MOQ.UERIE · texte numérisé non relu

ET DE L'ESPRIT DE LA MOQ.UERIE

Ce n'est ni la plaisanterie, qui est la critique bienveillante mesurant ses attaques de façon à ce qu'elles puissent corriger sans blesser; ni la raillerie, qui est la critique cherchant une affaire et peut-être une revanche; ni la satire, qui est la critique indignée, s'efforçant de soulever le monde contre le mal qu'elle déteste. C'est le diminutif de tout cela. C'est à tout cela ce que le singe est à l'homme.

La moquerie est le dernier des genres de l'esprit.

Son nom seul nous dit que c'est une petite chose.

La moquerie est presque toujours l'arme des enfants perdus de l'intelligence. On se sent stérile, on n'est bon à rien, on ne croit à rien, on n'est même plus de force à pleurer sur soi-même, on a pris son parti de sa propre chute; cependant il faut faire quelque chose, on a encore la vanité de l'attitude, on essaye de se faire un état de rire de tout ce qui est resté debout : on se fait moqueur!

La moquerie n'a pas besoin qu'on lui fournisse des raisons, les prétextes lui suffisent. Le bien, le mal, tout lui est bon, par cela même que tout lui est indifférent. Ce qui importe au moqueur, ce n'est pas de redresser un tort, c'est de vider son petit carquois. Que sa petite flèche parte, c'est tout ce qu'il veut. Qu'elle égratigne ici ou là, pourvu et pour peu qu'elle égratigne, il est liontent.

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