‹ Morale familiereChapitre 63 sur 77 · LA TRAHISON · texte numérisé non relu

LA TRAHISON

La trahison est un crime si irrémissible aux yeux de toute âme franclie et loyale, que le traître ne peut lui inspirer que de l'horreur. Devant la trahison, la compassion s'éteint, et les cœurs les plus confiants en la miséricorde divine se demandent si le pardon de Dieu peut remettre ce crime comme tout autre, même après le repentir.

Saint François de Sales avait une des âmes les plus miséricordieuses qui aient jamais attendri le cœur d'un homme. Aucun n'a parlé de la charité et ne l'a pratiquée comme il l'a fait. A ses yeux, il n'était point de crime dont la grandeur pût égaler la clémence de Dieu. La bonté divine, supérieure à toutes les misères de l'humanité, ne pouvait avoir de bornes ; elle pouvait tout pardonner, tout, au repentir.

Une seule fois il hésita dans cette affirmation.

Un de ses amis, dans un entretien familier sur ce sujet, lui avait dit : « Dieu n'a pas pu pardonner à Judas?

— Qui sait? » répondit le bon saint; et, après un moment de silence, où son esprit avait mis en balance l'horreur de la trahison et sa foi en la bonté divine : « Qui sait? )) reprit-il, raffermi par sa réflexion; et il ajouta dans sa langue charmante : « Mais si Judas n'est pas damné, il l'a échappé aussi belle que fit jamais homme; et s'il s'est sauvé de ce naufrage éternel, il en doit une aussi belle chandelle à Dieu que jamais personne à sg taille. )>

3i6 CE QUI EST INDISPENSABLE.

Nous serons donc d'accord avec le plus compatissant des saints et des moralistes en disant que le plus grand effort de la clémence humaine , c'est le pardon du traître, puisque ce pardon a été jugé le point extrême de la clémence divine elle-même.

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