LA PUISSANCE DU BIEN
Doutez de toutes les puissances, — mais ne doutez jamais de celle-là. Il n'est pas un atome de bien qui se perde, même en ce monde. Vous ne savez pas où germera ce grain qu'a emporté le vent, qu'a semblé submerger la tempête; soyez tranquille, il germera. Il est de l'essence du bien d'être indestructible, et, alors même qu'il est invisible, de croître et de se répandre toujours.
La pensée même du bien est déjà un profit pour le monde, car le monde, je ne sais comment, l'aperçoit aussi vite qu'elle est née, et déjà la respire. Cela sent meilleur autour d'elle.
. 3ao LA PUISSANCE DU BIEN.
La foi en Dieu pour l'éternité , la foi au bien toujours utile, utile à tous, sinon à un seul, même en ce monde : voilà ce qui fait que l'homme est un homme. Otez-lui cette double foi, l'homme n'est qu'une chose.
« Mais, dites-vous, l'homme de bien est quelquefois malheureux. » Qui oserait l'affirmer? et qui vous dit que l'adversité soit un mal pour le fort? Est-ce que l'hiver est un mal pour les arbres? cependant il les dépouille. Croyez-vous que la forêt ose douter du soleil en décembre? Ah! ne calomniez pas les assauts du temps, ne médisons pas des assauts de la vie. — C'est là l'épreuve nécessaire, — l'épreuve entre toutes salutaire.
« Tous ceux qu'atteint le malheur ne sont pas forts, » dites-vous.
C'est pour qu'ils le deviennent que la douleur les louche. C'est la lutte et non le repos qui fait les forts.
«Mais il est des bons qui succombent sous le poids de leurs maux?»
Vaudrait-il mieux pour eux qu'ils succombassent, comme le coupable, sous le poids des remords? Ah! vous n'avez pas vu mourir le juste, puisque vous craignez que le juste n'ait quelque chose à redouter de la mort. Que peut-on emporter de meilleur en ce monde, je vous le demande, que cette confiance qu'on arrivera dans l'autre pur de tout mal?
L'heure dernière , c'est l'heure du bon témoignage pour quiconque a bien vécu. C'est peut-être l'heure douce par excellence.
Quoi ! les anciens eux-mêmes, qui n'avaient de la vie future qu'un sentiment vague et incomplet, — qui regardaient comme une sorte d'audace de croire à l'âme im-