‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 101 sur 312 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

A. Ibid., p. 170-171. I^ définition que donne Kant de celui « qui ne dépend

La Constitution de 179 1 avait exigé pour être citoyen actif qu'on payât une contribution égale à la valeur de trois journées de travail ; l'Assemblée législative, après la journée du 10 août 1792, avait supprimé cette restriction et établi le suffrage universel. Kant n'ose pas admettre cette conséquence nécessaire du principe de l'égalité et de la liberté. Il aurait pu à la rigueur, essayer de justifier un régime censitaire par des considérations tirées de sa conception de la propriété. Mais la conception féodale et aristocratique de la société, qui est la véritable conception prussienne de l'époque, reprend le dessus : il exclut de la nation active toute une catégorie de travailleurs, tous ceux qui ne relèvent pas exclusivement d'euxmêmes et sont soumis aux ordres d'un autre.

Cette conception est d'autant plus inadmissible ici que, dans le système de Kant, l'égalité et la liberté sont encore plus absolues que chez nos Révolutionnaires : rien ne peut les limiter, puisque ce sont des principes a priori, nécessaires et universels, qui s'imposent> la volonté en dehors de toute considération d'opportunité. N'est-il pas extraordinaire, après avoir vu Kant poser comme une loi immédiate de l'esprit la liberté et l'égalité des hommes, de le voir refuser maintenant sans nous en donner aucun motif aux pauvres, aux employés, à toute une classe de la société, le droit de prendre part à l'exercice de la souveraineté, leur enlever jusqu'à « la personnalité civile » et les considérer comme n'ayant

pas de sa propre impulsion dans la conservation de son existence >>, der nicht nach eiUenemBetrtebeoenôthigtists^^^^^ Ilartenstcin,

VU, p. 1^2) est très obscure. Kant a.ait déjà essayé de la donner dans sa brochure : De ce proverbe cela est bon en théorie, etc. , ( 1 793) en distinguant celui « qui trafique de usage de ses forces « de celui qui ce trafique de sa propriété », der Letzere verkehrt sein Eirjenlhuni, der Erstere den G.^branch seiner Krafte (Hartenstein, VI, p. ^27, note). 11 s est donné beaucoup de mal pour tâcher d'expliquer une pensée qui n a pas pris conscience d'ello-m.5me ; parce qu'elle est restée abstraite. Voici les exemples qu il donne de ceux « qui ne sont pas leur propre maître, sein eigener Ilerr », dans la Met. du droit: le garçon ou commis (Geselle), le serviteur, le mineur, toutes les femmes, le bûcheron employé dans une propriété, le torgeron qu, va travailler dans une mai.on, le précepteur, le paysan soumis a la taille iZmsbaner) ; dans la brochure : Icîs domestiques, les hommes de fermes, l.s coilleurs, les journaliers. Sont par opposition maîtres d'eux-mêmes: le menuisier le dtiarron, le tailleur, le fermier, le fabricant de perruques. Il a di\ partir de 1 idée agitée par nos révolutionnaires du droit de vote des domestiques et englober dans cette notion toute une catégorie de travailleurs qui, dans la socete de fornrie féodale où vivait Kant, avaient le caractère de personnes de concïiiwnservde. C est un exemple de sa confusion du droit féodal et du droit individualiste inauguré par nos révolutionnaires.

qu'une sorte « d'existence accidentelle » ? Que fait Kant de sa fameuse dignité de la personne humaine ? Le voici qui traite dans l'Etat la majorité des citoyens comme des « parties passives » et non comme des fins ! Mais il n'y regarde plus de si près. Il ne s'agit plus pour lui que d'incorporer, dans les formes vides de ses concepts, des idées toutes faites, que nos législateurs ou la coutume lui ont fournies, de les habiller, tant bien que mal, dans son langage abstrait, sans se soucier de leur diversité d'origines et de leurs oppositions.

Nos juristes ne se dissimulaient pas ce que ces idées ont de relatif; la Constituante, l'Assemblée législative, la Convention suivent la logique des faits que le mouvement révolutionnaire a déchaînés. Mais Kant construit le système a priori de toute législation rationnelle : la Métaphysique du droit. Il ne s'aperçoit même pas de l'origine empirique des idées qu'il prend à son compte ! Dans la succession de l'histoire, les idées se transforment et s'opposent, dans le système rigide et exaspéré des lois a priori, elles forment le plus incohérent et le plus contradictoire des assemblages.

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