Leviathan, part. II, cli. xxvi
législatif), si, par exemple, par les impôts, par le recrutement, etc. il viole la loi de l'égalité dans la répartition des charges de l'État alors les sujets peuvent bien opposer à cette injustice des plaintes, mais jamais de la résistance. 11 ne peut même y avoir dans la constitution d'article qui permette à un pouvoir de l'État de résister au chef suprême, dans le cas oii il violerait la loi constitutionnelle et par conséquent de le restreindre*. »
C'est ainsi que s'exprimait Bossuet : aucun excès de pouvoir ne justifie le recours du peuple à la force et dans ce cas les seuls remèdes offerts aux maux des citoyens sont « les prières et la patience contre la puissance publique- ».
Dans une brochure, publiée quelques années auparavant (lygS), intitulée : De ce proverbe : cela peut être bon en théorie, mais cela ne vaut rien en pratique, Kant justifiait cette conception d'une façon curieuse et déniait en même temps à la nation le droit de juger si une guerre est ou n'est pas juste et nécessaire. Voici comment il raisonnait : « Le législateur est seulement tenu de dicter des lois, telles qu'elles aient pu^ émaner de la volonté collective et tout sujet, en tant qu'il veut être citoyen, doit se considérer comme
s'il avait concouru à former une volonté de ce genre Dès qu'il
est possible ''qu un peuple donne son assentiment (à une loi), c'est un devoir de tenir la loi pour juste, quand même on supposerait que le peuple serait maintenant dans une telle situation ou dans une telle disposition d'esprit que, si on le consultait à son égard,
il refuserait vraisemblablement son adhésion Si par exemple
on prescrivait pour subvenir à la guerre un impôt proportionné à tous les sujets, ceux-là auraient beau le trouver lourd, ils ne pourraient pas dire qu'il est injuste, parce que selon eux la guerre n'était pas nécessaire; car ils n'ont pas le droit de la juger, et comme d est toujours possible que cette guerre soit inévitable et l'impôt indispensable, celui-ci doit toujours passer pour juste dans le jugement des sujets^ »
Voilà maintenant que le souverain n'a, en fait, à édicter que
i. Métaphysique du droit, ibid., p. 178.
•2. Bossuet, Cinquième avertissement aux protestants, Œuvres, édit. de Besançon, t. XI, p. 182.
o. C'est Kant qui souligne.