‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 110 sur 312 · I. Plus haut, p · texte numérisé non relu

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les cadres rigides d'une société aristocratique présentant un ordre rigoureux et inflexible, il n'y a aucune distance. Les deux conceptions ont les plus étroites affinités. C'est l'intervention de la liberté politique et civile qui est un élément factice et étranger dans la morale de Kant.

Et que l'on ne vienne pas répliquer que le respect de la personne humaine est une idée essentiellement kantienne. Je me suis déjà expliqué là-dessus, mais cette erreur est si répandue qu'il importe d'insister. Kant n'a pas posé en principe le respect de la personne humaine; rien au contraire de plus étranger à son système moral, qui détruit la matière propre de l'individualité, pour l'absorber dans une loi abstraite posée par on ne sait quelle liberté. Cette liberté est elle-même épuisée par l'effort qu'elle accomplit en s'affirmant ; toute la vie de la personne individuelle est enchaînée dans le rigoureux déterminisme des causes et des effets. Ce que Kant a posé c'est le respect de Vhamanité dans l'homme et, par humanité, il entend le pouvoir d'aflirmer la loi et de s'y conformer; l'humanité s'épuise à son tour dans cet effort, qui est toujours le même. La vraie idée de l'humanité, celle de l'épanouissement de l'individu humain, dans les limites qui lui sont assignées par sa nature et sa vie en société, c'est l'antiquité grecque qui l'a dégagée tout d'abord, ce sont nos siècles féconds de civilisation, le siècle de Montaigne et de Rabelais, le siècle de Molière et de Racine, le siècle des Encyclopédistes, de Voltaire et de Rousseau, qui l'ont développée. Par quelle complaisance a-t-on pu attribuer à cette morale prussienne de l'autorité, du despotisme et de toutes les compromissions, des idées claires et généreuses qui lui sont étrangères?

Le despotisme est en réalité bien plus dans la logique du système que la liberté. J'ai dit que, si Kant avait vécu cinquante ans plus tôt, il aurait élevé le monument a priori, universel et nécessaire du droit divin et de la raison d'État. La diffusion de nos idées françaises dans le miUeu oii il a vécu n'est qu'un accident et Taccueil qu'il leur a réservé relève de la psychologie et de l'histoire. S'il avait vécu cent ans plus tard, il n'aurait certes pas manqué d'accueillir à leur tour des idées différentes, qui ont encore bien davantage une tendance naturelle à se cristalliser autour de son Impératif.

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