‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 121 sur 312 · I. Article II des propositions définitives · texte numérisé non relu

I. Article II des propositions définitives

d'un État contre un ennemi injuste (ein ungerechter Feind) n'a pas de limites quant à la qualité... Mais qu'est-ce qu'un ennemi injuste ?... C'est celui dont la volonté publiquement manifestée (soit par des paroles, soit par des actes) trahit une maxime, qui, érigée en loi universelle, rendrait toute paix impossible entre les peuples et perpétuerait l'état de naturel »

Il est possible que Kant ait songé ici à la coalition de l'Europe contre la France révolutionnaire^ ; le voisinage d'un peuple qui a attenté au droit et à la vie de son souverain « légal » est une lésion pour les États plus respectueux de l'autorité. En tous cas la distinction entre l'état de nature et l'état de droit étant des plus indéterminées, un peuple pourra toujours invoquer le principe de Kant pour prétendre qu'étant dans l'état de droit alors que son voisin est dans l'état de nature, il est de son devoir de faire rentrer par la force dans la voie de l'ordre ce voisin dangereux. Cela peut aller très loin et l'on voit avec quelle facilité notre pacifiste aurait pu prêter l'appui de ses idées à son Souverain et Maître, si celui-ci l'en avait prié et surtout s'il avait agrémenté sa prière de considérations sur les « mesures désagréables » qu'il serait dans la nécessité de prendre contre son fidèle sujet en cas de résistance !

Quelques années auparavant, dans ses Conjectures sur les commencements du genre humain (1786), Kant avait invoqué en faveur de la guerre des idées diflérentes. Malgré les maux que la guerre et surtout les préparatifs de la guerre font peser sur les peuples, elle est utile pour maintenir l'union intérieure des classes et développer la liberté, le bien-être et la culture: « Y aurait-il donc cette culture, cette étroite union des classes de la république pour la conquête réciproque de leur bien-être et l'accroissement de la population et même ce degré de liberté,,, si cette guerre toujours redoutée n'imposait pas, même aux chefs d'État, ce respect de rhumanité!... Au degré de culture 011 l'espèce humaine se trouve encore, la guerre est un moyen indispensable de la conduire plus avant ; et ce ne sera qu'après une culture achevée (qui le sera Dieu sait quand) que la paix perpétuelle nous sera salutaire et ne serait d'ailleurs possible que par elle 3. » Ainsi la guerre, qu'en 1796 le

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