Voir plus bas, p
'6. Édition Hartenstein, 1867, t. IV, p. 827.
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Tribunal de la Raison comdamnait absolument, était considérée comme utile et même indispensable en 1786, en raison de l'union qu'elle détermine entre les membres d'un groupe social.
En 1784 Kant considérait aussi la guerre comme utile, mais à un point de vue opposé : par l'esprit de discorde qu'elle exprime. 11 exposait dans sa Conception d'une histoire universelle que la cause naturelle la plus profonde du progrès est « l'insociable sociabilité des hommes » et faisait une apologie de la sélection naturelle: « Toute culture et tout art, ornement de l'humanité, le plus bel ordre social, sont des fruits de l'insociabihté, qui est contrainte par elle-même de se discipliner et de développer complètement par une habileté forcée les germes de la nature'. »
La guerre est encore bonne à un quatrième point de vue : elle a en elle-même quelque chose de sublime qui élève l'homme audessus de lui-même : « La guerre, quand elle est conduite avec ordre et respect des droits civils, a quelque chose de sublime en soi. Elle rend la façon de penser du peuple qui la conduit ainsi d'autant plus sublime que ce peuple a été exposé a plus de dangers et qu'il peut s'y afTirmer courageux. Au contraire une longue paix ne manque pas de faire dominer le simple esprit mercantile et avec lui le bas intérêt personnel, la lâcheté et la mollesse, et d'abaisser l'esprit public ■. » Nous trouvons ici une double tendance: les germes d'une théorie mystique et ceux d'une théorie nietzschéenne de la guerre. La guerre est sublime en soi, immédiatement, sans raison, comme l'Impératif catégorique; elle l'est aussi par le courage, Ténergie, la discipline qu'elle afl'ermit dans l'individu. Les idées de sacrifice, de dévouement à une noble cause sont étrangères à la glorification kantienne delà guerre; comme Nietzsche, c'est proprement la force qu'il admire en elle.
Cette double tendance n'est pas isolée dans l'œuvre de Kant. il Ta exprimée plus nettement encore dans deux autres passages où certaines idées des théoriciens modernes de l'Allemagne sont complètement développées. Dans l'un il nous présente la guerre comme un dessein mystérieux de la Providence pour le triomphe de la Kultur, dans l'autre comme une « volonté de puissance » :