‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 123 sur 312 · I. Ibid., p · texte numérisé non relu

I. Ibid., p

a. La critique du jugement (1790), J; a8, édition Reclam, p. 118.

« Si la guerre est une expérience inconsidérée des hommes provoquée par des passions sans frein, elle est un dessein profondément mystérieux et (peut-être) intentionnel de la suprême sagesse, celui, sinon d'établir, du moins de préparer la légalité avec la liberté de l'État et par là l'unité d'un système fondé moralement. Et, sans considérer les plus terribles souflrances dont elle accable l'espèce humaine et celles encore plus grandes qui pèsent sur elle par la préparation constante en temps de paix, néanmoins la guerre est un ressort de plus (par le fait que l'espoir d'un état de repos du bonheur populaire s'éloigne toujours davantage), pour développer jusqu'au plus haut degré tous les talents qui servent à la

culture*. »

« Arrière les bergers d'Arcadie que rêvent les âmes sensibles ! Grâces soient rendues à la nature pour les instincts de discorde, de vanité malveillante, de désir insatiable de richesse et de domination dont elle a doté les hommes ! Sans ces instincts, les dispositions supérieures de l'humanité sommeilleraient éternellement. L'homme veut la concorde et l'harmonie ; mais la nature sait mieux que lui ce qui lui est bon : elle veut la discorde ^ »

Violence démesurée des timides et des faibles î Cette fois c'est de Nietzsche tout entier, du pauvre Nietzsche sublime et fou, tour à tour exalté et déprimé, que notre pacifiste est le précurseur. Cette explosion de sentiment est unique dans l'œuvre de Kant. Il ne nous a pas habitués à un tel mouvement de la sensibilité. Et l'on est tenté de se demander si ce n'est pas ce qu'il a écrit de meilleur! Le style est alerte et entraînant ; pour la première fois nous sortons de cette mortelle insensibilité qui, dans tous ses ouvrages, étouffe tout élan, toute générosité, toute ardeur. L'apologie de la puissance, de la force, lui a enfin arraché un cri humain !

Nous voyons en tout cas combien les idées de Kant sur la sublimité de la paix sont atténuées par des idées contraires. Des apologistes ont cherché à concilier ces tendances opposées. « Il n'y a aucune contradiction, dit M. Delbos, entre ces remarques (sur la guerre) et les thèses dans lesquelles Kant a condamné la guerre

Page 1