‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 124 sur 312 · Crii/çue du yu^eme/if, § 83, édition Roclam, p · texte numérisé non relu

Crii/çue du yu^eme/if, § 83, édition Roclam, p

2. Conception d'une histoire universelle, édition Hartenstein, t. IV, p. 147-1 48. îl existe encore dans l'œuvre de Kant un septième argument en faveur de la guerre : la force armée qu'elle exige d'entretenir est favorable à la liberté de jienséel Voir plus bas, p. 4o6.

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et glorifié la paix^ » Cette aQirmation est singulière. Voici comment il la justifie : u C'est qu'en effet la paix dont il (Kant) signale ici rinfluencc plutôt déprimante sur le caractère des individus et des peuples, c'est la paix considérée comme un état de repos, de calme facilement heureux, non la paix conçue comme état juridique... La paix immédiatement souhaitée au nom de désirs et d'intérêts naturels ne saurait avoir la vertu de la paix voulue par raison, par esprit d'universalité. » M. Delbos renchérit sur l'obscurité kantienne ; il épaissit encore les nuages amoncelés par le grand métaphysicien sur loulcs les questions qu'il a abordées. Les apologies que Kant a faites tour à tour de la paix et de la guerre sont parfaitement claires; il est inutile de les embrouiller par des distinctions subtiles. Que la paix dont parle Kant soit la paix naturelle, ou une paix juridique « surnaturelle », il n'a pas moins honoré la guerre. H l'autorise comme un moyen de faire rentrer dans l'état de droit un voisin qui reste dans l'état de nature; il la glorifie comme un moyen utile, indispensable même, pour affermir la politique intérieure et développer la culture par l'union et par la désunion qu'elle engendre; il l'exalte comme une puissance mystique, sublime en elle-même et par l'énergie, la puissance qu'elle dégage. Il est vain d'épiloguer; nous ne suivrons pas M. Delbos sur le terrain des abstractions.

• Il est plus intéressant de chercher à se rendre compte pourquoi le grand philosophe a pris ces attitudes opposées.

Que les circonstances y aient été pour quelque chose, cela ne me paraît pas douteux. Jusqu'en 1790 le prestige de l'œuvre du grand Frédéric est encore considérable ; il impressionne Kant comme tout son entourage. Mais entre les mains de Frédéric- Guillaume l'héritage périclite peu à peu; à partir de 1792 il s'affaisse complètement. En 1790 l'armée qui avait été la première de l'Europe est déchue de son rang, son éclipse est totale ; une guerre malheureuse, une situation économique et sociale désastreuse ont engendré un état d'esprit nouveau. Kant le subit comme le précédent.

Mais ce qu'il importe surtout de bien voir c'est que ces contradictions sont de l'essence même du kantisme. Les contradictions de

Kant sur la guerre et sur la paix ne sont pas plus extraordinaires que les jugements opposés qu'il a exprimés sur la Révolution — à la fois sublime et méprisable — , sur la souveraineté absolue du peuple et son abdication non moins absplue entre les mains d'un Maître qui n'a à son égard que des droits et aucun devoir.

La morale kantienne est incapable de fournir aucun principe directeur, parce qu'elle se meut dans le monde abstrait des entités idéologiques qui n'ont aucune prise sur la réalité. L'impératif catégorique n'est qu'une forme suprasensible et nouménale, qui plane au-dessus du monde réel ; en lui s'absorbent tout le devoir et toute la moralité; il s'oppose radicalement à la nature corrompue et méprisable de l'intelligence et du sentiment. Des hauteurs inaccessibles 011 il s'enorgueillit en lui-même, les principes de la vie, ceux qu'enseignent l'économie politique, le droit, l'histoire, la psychologie, la morale pratique, apparaissent dans un lointain indistinct et confus. N'avant en eux-mêmes aucune valeur de connaissance ni de moralité, ils ne sont éclairés que par la lumière blafarde et froide qui tombe d'un ciel imaginaire. Il n'est pas surprenant que Kant ait été radicalement incapable de les dégager.

Dénué d'esprit positif et historique, d'éducation scientifique, il flotte entre les idées contraires qu'il a puisées à des sources diverses au cours de lectures mal assimilées. Rousseau, Hobbes, Hume, Bossuet, Beccaria, l'évangélisme chrétien, l'absolutisme prussien, le droit individuel du xvin* siècle français, le droit féodal, le droit romain, tout se heurte dans sa tête comme les molécules d'un gaz en vase clos. Il traduit péniblement dans une langue embarrassée les idées qu'il emprunte et qu'il verse sans critique, sans souci de leurs origines et de leurs rapports, dans le moule de son système. La réaUté n'est pas son domaine. Elle a ses lois propres qu'il dédaigne parce qu'il ne les connaît pas, parce qu'il n'a pas voulu, parce qu'il n'a pas su s'astreindre au labeur qui apprend à les connaître. La morale pratique de Kant, sa doctrine du droit, comme sa doctrine de la vertu, ne sont qu'anarchie et ne peuvent être qu'anarchie : elles sont dans le sens kantien une Métaphysique du droit et une Métaphysique de la vertu.

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