‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 125 sur 312 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

RESUME ET CONCLUSIONS GENERALES

I. La pétition de principe initiale. — 2. La charme devant les bœufs. — 3. Le moteur auto -immobile. — 4- La course à l'abîme. — 5. La machine (^clate. — 6. La forme de loi n'a aucune signification morale. — 7. La forme de loi est incapable d'aucune détermination morale.

Telle est la fameuse doctrine théorique et pratique du grand solitaire de Kœnigsberg. Malgré rnon souci de brièveté, j'ai dû, pour en analyser et en expliquer les conceptions essentielles, donner à mon exposé d'assez longs et quelquefois d'assez pesants développements. Avant de comparer cette doctrine aux grandes idées morales qu'elle a eu la prétention de remplacer, il importe de résumer mon étude dans ses grandes lignes d'une façon plus alerte et de synthétiser dans un jugement d'ensemble les principaux jugements que j'ai énoncés au fur et à mesure. Il ne me restera plus ensuite qu'à présenter quelques observations générales, à titre de conclusion, sur la morale de Kant considérée en elle-même.

De la Critique de la raison pure, par laquelle j'ai débuté, je ne dirai que quelques mots. Un compte rendu sommaire en était indispensable pour comprendre l'attitude de Kant, sa méthode et les termes mêmes qu'il emploie dans sa morale théorique. C'est à cette Critique qu'il doit son véritable renom. Quels qu'en soient les défauts, c'est une œuvre puissamment liée et qui n'est pas sans portée.

Le dualisme, qui fait le fond de V Esthétique et de VA nnly tique transcendantales, est sans doute une position intenable. C'est le vice secret qui les mine; c'est lui qui, en réalité, a fait échouer Kant dans l'objet même qu'il se proposait : expliquer comment la science est possible. Nous avons vu que, si on serre la question d'un peu

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES

près, cette attitude duaUste est en réalité la seule, peut-être, qui rende radicalement impossible l'explication philosophique de toute science expérimentale et môme des sciences les plus abstraites dans leur application à la réalité. Mais la façon dont le rôle original de l'esprit dans la perception a été mis en évidence, Tidée de l'espace et du temps comme formes de la pensée, celle des jugem nts synthétiques a priori et d'autres idées de second plan, n'en sont pas moins des conquêtes véritables, sinon définitives, de la pensée philosophique.

Quant à la Dialectique de la raison pure, ses conclusions me paraissent, dans l'ensemble, définitives. Kant a réellement, sur ce terrain, battu les rationalistes avec leursr propres armes. Ce n'est plus ainsi sans doute que nous abordons aujourd'hui les problèmes du moi, du monde et de Dieu : nous les abordons par la psychologie, la science expérimentale et 1 histoire des religions. Mais tous ceux qui, dans l'avenir, seraient tentés de les reprendre du point de vue dialectique devront, à mon avis, en passer par le laminoir de la Critique de Kant.

Le Dieu personnel ne peut, en effet, être affirmé que s'il est perçu comme un objet concret, dans une intuition directe, pour parler le langage de Kant. A ceux qui prétendent avoir celte intuition il n'y a rien à répondre. Mais la démonstration de son existence échappe réellement à la pensée. Quant aux succédanés du Dieu personnel : la Perfection, le Bien, l'Absolu, l'Infini, l'Idéal, qu'on traite comme des êtres, comme des lois objectives existant en dehors de l'esprit qui les pose, ils ne peuvent être affirmés comme tels que par un sophisme, que Kant a admirablement mis en évidence. Ils n'ont d'autre réalité pour l'esprit de l'homme que la réalité d'hypothèses, comme l'énergie, Téther, l'invariabihté de la masse des physiciens. Je n'ai pas à donner ici de justification de cette manière de voir, ce serait sortir des cadres de ce travail. Mais il importait de le dire, pour éviter toute équivoque, pour rendre justice à Kant et pour comprendre son attitude à l'égard du problème moral.

Ce problème, il Ta résolu d une façon singulière, qui est nouvelle, mais qui n'est qu'un paradoxe. La morale théorique de Kant m'a paru une des plus étranges aberrations de la pensée dans l'histoire de la philosophie et je crois qu'elle est l'expression de l'esprit

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