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LES FONDEMENTS DE LA MÉTAPHYSIQUE DES MOEURS 57
la représentation détermine la volonté, sans avoir égard à l'effet attendu, de telle sorte que cette volonté puisse être appelée bonne absolument et sans restriction ? Gomme j'ai dépouillé la volonté de toutes les tendances qui pourraient éveiller en elle l'idée des conséquences de l'accomplissement d'une loi, il ne reste plus que la conformité à une loi universelle, qui puisse servir de principe à la \olonté, c'est-à-dire : je dois toujours agir de telle manière que je paisse vouloir que ma maxime devienne une loi universelle. Cette simple conformité à la loi en général, sans poser aucune loi déterminée applicable à des actions déterminées, est ce qui sert et doit servir de principe à la volonté, si le devoir n'est pas une vaine illusion et un concept chimérique ^ ))
Voilà le fameux principe de la morale kantienne. Aucune tendance, aucun sentiment, aucune idée, aucun « idéal » n'ont en eux-mêmes de moraHté ; ils sont moralement indifférents. Ce qui leur confère seulement la moralité, c'est l'universalité qu'ils peu- \ent posséder et l'intention d'agir en vue de cette universalité. Pour être moral, il est nécessaire et suffisant que l'acte puisse être considéré comme l'application d'une maxime et que cette maxime puisse être érigée en maxime universelle. C'est ce qui constitue le Jormalisme kantien. On voit bien maintenant la symétrie rigoureuse établie par Kant entre les principes de la raison pure et ceux de la raison pratique. La matière, les objets du devoir : sentiments, l)uls à atteindre, ne sont pas plus des éléments de la morale que les impressions di5s sens ne sont des éléments de la connaissance ; Ils sont d'un autre ordre. De même que la connaissance est constituée par les formes : les lois de la sensibilité et de l'entendement, de même la morale est constituée par une forme, une loi. Connaître, c'est appliquer les formes de la sensibilité et de l'entendement de la raison spéculative à la matière donnée par les sens; agir moralement, c'est conformer ses actes à une maxime, à une loi,
qui est la forme de la raison pratique. C'est le triomphe du dual'snie.
I^t ce dualisme, Kant le pousse jusqu'à sa dernière limite : « Il ïesulle clairement de ces considérations que tous les concepts lïJoraux sont purement a priori,... qu'ils ne peuvent être abstraits
^' i^id., p. 24-25.
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d'aucun élément empirique (il s'agit nous l'avons vu des sentiments qui peuvent nous animer ou des fins, autres que la conformité à la loi, que nous pouvons poursuivre); qu'on ne peut y ajouter aucun élément empirique, sans diminuer d'autant leur pure influence'. » Et plus loin : « Ainsi tout élément emp.r.que nest pas seulement mutile, mais encore dangereux pour la pureté^ des mœurs ; car ce qui fait la valeur toute particulière et mapprec.able d'une volonté absolument bonne, c'est justement l'mdependance du principe de l'action à l'égard de toutes les influences, des principes contingents que Vexpérience peut fournir ^ »