LA FORME DE LA LOI N'A AUCUNE SIGNIFICATION MORALE
Kant, en définissant la morahté par la pure forme de loi, a enlevé toute signification morale aux actes de la pensée, de la
volonté, de la sensibilité. L'idée d'universalité et celle de non-contradiction peuvent être des critériums, des pierres de touche qui aient une réelle valeur ; mais, d'une part, ce n'est pas la pierre de touche qui fait le prix du métal dont elle sert à vérifier le titre, et, d'autre part, l'universalité et la non-contradiction ne sont pas de véritables pierres de touche en morale.
Si dans les volitions humaines', on fait abstraction de toute matière, de l'intelligence et du sentiment, du sujet et de l'objet, de l'action et de la volition elle-même pour ne plus considérer que l'universalité delà maxime et sa non-contradiction, il ne reste en réalité plus rien au point de vue moral. Les volitions ont été vidées de tout contenu moral. Si dans une loi physique, la loi qui relie par exemple les volumes et les pressions d'une masse gazeuse (loi de Mariotte), on fait abstraction des volumes et des pressions, ainsi que des gaz mêmes, il reste bien quelque chose, qui pourrait s'adapter à n'importe quoi, mais qui n'a aucune existence réelle*. La forme de loi ne fait pas la réalité de la connaissance ; de même, elle ne fait pas la réalité de la moralité.
Ce qui constitue cette réalité, ce sont les idées et les sentiments mêmes que Kant a éliminés du domaine moral. Les hommes ont toujours admis que, s'ils croient ne pas devoir se suicider, c'est parce que la vie a en elle-même une valeur et qu'il ne leur appartient pas de la détruire ; que, s'ils ne doivent pas mentir, c'est que le mensonge s'oppose à des qualités positives, que possède la véracité ; que s'ils doivent rechercher autre chose que le simple plaisir, c'est parce qu'il y a en eux d'autres fonctions, auxquelles ils attachent plus d'intérêt ou plus de prix ; que s'ils doivent aimer leur prochain, c'est parce que ce sentiment satisfait la raison et est une des tendances fondamentales de la nature humaine ; ce n'est pas parce que le suicide, le mensonge, la sensualité et l'égoïsme générahsés impliqueraient des impossibilités logiques, des contradictions, qui n'existent d'ailleurs pas en réalité.
L'universalité est, sans doute, un critérium, un élément, qui n'est pas sans valeur et qu'il faut considérer. Il est bon d'éprouver les maximes de ses actes en se demandant ce qu'elles deviendraient si on les rendait applicables à tout le monde et à toutes les circons-