‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 133 sur 312 · I. Cette remarque a été faite par M. Fouillée · texte numérisé non relu

I. Cette remarque a été faite par M. Fouillée

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tances. C'est un critérium que tous les moralistes depuis Socrate ont toujours invoqué, et si c'était à cela que Kant avait réduit la portée de son principe, sa morale ne différerait en rien sur ce point de celle de ses prédécesseurs. Mais il a voulu que Tuniversalité fonde la moralité même des actes, qu'elle soit nécessaire et suffisante pour leur conférer cette moralité. Il a, en réalité, remplacé la science de la morale par un principe logique. Ce principe n'est d'ailleurs ni suffisant ni nécessaire et ne constitue pas un véritable critérium.

Il y a, en effet, une quantité d'actions, dont la maxime généralisée est parfaitement acceptable du point de vue logique, et qui, cependant sont considérées comme immorales ou, tout au moins, comme dénuées de moralité.

Chaque fois que Kant a rejeté une maxime en cherchant à montrer qu'elle implique contradiction, nous avons vu que la contradiction n'existait qu'à l'égard d'un principe dont il fallait précisément montrer la valeur morale et que cette valeur n'était en aucune façon une conséquence de l'universalité, mais bien une de ces valeurs d'intérêt, de raison ou de sentiment, que Kant a écartées de la définition du fait moral. L'universalité n'est donc pas suffisante.

Elle n'est pas non plus nécessaire. Il y a en effet des éléments particuliers, qui ont une valeur morale propre en tant que particuliers et qu'individuels. La philosophie de Kant détruit en réalité la valeur de la personnalité humaine. Elle prétend que la moralité ne s'évalue que par la conformité des maximes à la forme de la loi ; cette moralité tient, au contraire, dans une large mesure, aux particularités propres à certains êtres ou à certains actes et qui ne peuvent se définir en des termes universels. De même la beauté d'une œuvre d'art, si, sans doute, elle n'est pas sans rapport avec des lois générales, a quelque chose de particulier. Pourquoi une statue de Michel-Ange est-elle belle, alors qu'une statue d'un sculpteur médiocre est sans valeur esthétique ? L'une et l'autre peuvent être parfaitement conformes aux lois esthétiques de la statuaire ; ce qui fait entre elles la différence essentielle, ce sont des qualités qui ne peuvent même pas être définies par des idées générales. Il en est de même, tout au moins partiellement, de la valeur morale ; elle n'échappe pas à toute loi, mais il existe une certaine valeur morale particulière et la conformité à la loi n'est pas nécessaire pour la produire.

RÉSUMÉ ET CONCLUSIONS GÉNÉRALES

Kant s'est d'ailleurs trompé en pensant que sa loi morale a un caractère universel et absolu, qui s'impose a priori à toute activité morale. J'ai montré que son impératif catégorique n'est pas un absolu, qu'il a une histoire et une genèse et qu'il se réduit à des éléments authentiquement empiriques.

Cet impératif, qui s'imposerait à la volonté d'une façon immédiate, sans motif, ni mobile, n'est, en effet, qu'un mélange confus de deux idées, que le développement de la pensée avait conduit à dissocier et qui existaient sous une forme indécise dans l'esprit le plus primitif: l'idée de nécessité et celle de commandement. Les chefs, les dieux, les personnes qui ont autorité commandent; les lois nécessitent y soit par un caractère de nécessité logique, soit par une relation constante de cause à effet. L'esprit primitif et l'homme qui agit automatiquement, sans réfléchir, ne distinguent pas nettement ces deux concepts, qui sont enveloppés dans cette notion vague: que ce qui arrive d'une façon ne peut arriver autrement. Lorsque l'esprit analyse et prend conscience de lui-même, il rapporte le commandement à des personnes et la nécessité à des choses et le devoir lui apparaît soit comme l'obéissance aux ordres des dieux, soit comme l'adhésion de l'esprit à la vérité et du sentiment à ce qui est désirable ou affirmé comme tel. L'impératif catégorique de Kant m'a paru une véritable régression de la pensée, due à une contamination purement empirique de deux notions différentes.

Cet empirisme, qui est au fond de la morale théorique de Kant, éclate dans toute son ampleur lorsque Kant essaye de se servir de son principe formel pour définir les devoirs de la morale pratique.

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