KANT ET LA TRADITION
Kant, en posant que « le concept du bien et du mal ne doit pas être déterminé avant la loi morale, mais seulement après cette loi et par elle^ » a mis la charrue avant les bœufs, il a condamné ainsi la morale à l'immobilité, s'est jeté dans les plus grandes difficultés et dans de véritables contradictions et finalement a enlevé à la morale toute signification proprement morale ainsi que toute détermination. Je Tai montré en étudiant la doctrine en elle-même, dans ses principes, tels que Kant les a établis, et dans les conséquences qu'il en a lui-même tirées.
Mais rien n'est plus propre à faire saisir combien cette position du problème moral est paradoxale que de la comparer à celle de la tradition que le kantisme a eu la prétention d'abolir.
La théorie morale de Kant occupe parmi tous les systèmes de morale, systèmes religieux, systèmes rationnels, systèmes antiques, systèmes chrétiens, une place à part ; elle ne se rattache proprement l\ aucun d'eux, elle est isolée dans la philosophie morale. Cet isolement même en est déjà, à mon sens, une condamnation. Il me paraît en outre faire comprendre, mieux encore que l'examen