‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 136 sur 312 · I. Critique de la raison pratique, trad. Picavet, p. iio · texte numérisé non relu

I. Critique de la raison pratique, trad. Picavet, p. iio

SARTIAUX. LA MOBALE KASTIESSE.

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direct de la doctrine, pourquoi et comment cette doctrine n'est qu'un paradoxe et au fond un véritable amoralisme.

Il en est une condamnation. Car aucun esprit de bon sens n'admettra que les philosophes qui ont réfléchi sur les fondements de la morale se soient tous entièrement trompés pendant plus de deux mille ans, qu'ils aient pris pour principes de la moralité ce qui n'en est que les conséquences, et qu'il ait fallu attendre un métaphysicien solitaire de la Prusse orientale, qui n'est jamais sorti de sa ville natale, qui n'a pris aucune part à la vie de son temps, qui n'a pas connu les liens de la lamille, et à peine ceux de la société, pour découvrir soudainement, en 1781, les fondements véritables de la moralité et pour dénoncer à l'humanité civilisée « toutes les erreurs» des philosophes antérieurs'. Ces philosophes ont cherché à corriger, à compléter les morales de leurs prédécesseurs ; mais aucun d'eux n'a eu la prétention d'en renverser les bases. 11 faut arriver jusqu à Nietzsche pour trouver dans l'histoire de la philosophie morale quelque chose qui ressemble à cette témérité. Et ici le cas est très différent : Nietzsche n'a pas eu l'intention de changer le principe môme de la morale traditionnelle ; c'est toujours le bien et le mal qu'il cherche à déterminer, il ne modifie même pas au fond le contenu de ces notions, il en renverse seulement l'ordre ; sa (c transmutation des valeurs » n'est qu'une préférence accordée à certaines d'entre elles par rapport à d'autres. La morale de Nietzsche reste fidèle à la méthode et aux principes antérieurs. La morale de Kant seule a eu véritablement l'audace d'être une révolution.

Cet isolement met en évidence mieux que toute analyse et que toute critique directe l'insuffisance et le paradoxe du moralisme kantien. Il est facile, en effet, de voir pourquoi les morales traditionnelles sont vraies, de montrer qu'elles sont vraies précisément pour les raisons mêmes qui font que le kantisme est faux, qu'elles ont en réalité épuisé d'une façon générale les points de vue auxquels on peut se placer pour définir la moralité, et que, si elles ne sont pas définitives, les corrections, les modifications que l'évolution y apporte, en peuvent être des développements, mais n'en sont pas un renversement.

I, Ibid., p. 112.

MORALES PRIMITIVES ET MORALES RELIGIEUSES

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