M. Guyau, ibid.. p
^- .y^ir Renan, Averroes et Averroïsmc, p. 284 ; Ozanam, Dante, p. 48, 2^ édition.
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antiques, est d'organiser le bonheur ici-bas, qui développe la vieille conception épicurienne du contrat social et afïirme avec tant d'énergie l'idée, nouvelle à l'époque, de progrès, dont la première ébauche avait été tracée par le grand épicurien Lucrèce.
En Angleterre, le mouvement utilitaire, qui se rattache à l'épicurisme tout en s'en distinguant par sa recherche excessive du « confort », se poursuit avec Benlham dont l'influence fut considérable, puis au XIX* siècle avec Stuart Mill, esprit un peu étroit mais solide et bien équihbré. La conception du progrès prend enfin une forme définitive et scientifique dans l'évolulionnismede Darwin et de Spencer.
Aujourd'hui l'évolutionnisme est devenu la science des mœurs, une science toute expérimentale, qui, malgré les tendances métaphysiques de certains protagonistes de notre école sociologique française, a infusé à la morale une vie toute nouvelle, l'a fait sortir des formes abstraites et stériles oiî la spéculation et la dialectique l'ont trop longtemps confinée, et l'oriente dans une voie féconde, par le seul principe vraiment vivant de toute science : l'étude directe des faits.
Je ne prétends pas que tout cela soit dans l'cpicurisme ; mais c'est l'esprit de l'épicurisme qui anime celte évolution. Je ne prétends pas non plus que l'épicurisme soit toute la morale. Dans l'antiquité il était une forme assez étroite de la morale, parce qu'il était fondé sur une connaissance insuffisante de la psychologie de l'homme et de la formation des sociétés ; mais il a été chez les anciens, comme chez les modernes, une réaction très utile contre les abus de la spéculation d'un Platon, d'un Aristote, de la scolasli(jue du moyen âge et de la métaphysique moderne ; et c'est dans son principe d'observation de la nature et de la réalité ainsi que de leur évolution, que sont les éléments d'un véritable progrès de la morale, comme de toute discipline scientifique.
Il est inutile d'insister sur l'opposition de ce grand mouvement avec le kantisme. L'épicurisme, l'utilitarisme, l'évolutionnisme, la science des mœurs, sont la négation même du kantisme, puisqu'ils cherchent le fondement de la morale dans cet empirisme contre lequel Kant n'a cessé de protester. Mais il est plus intéressant de voir comment les grands systèmes idéalistes de morale antérieurs à Kant, ceux de Descartes, de Spinoza, de Malebranche, de
KANT ET LA MORALE CLASSIQUE
Leibniz, ne sont pas moins restés fidèles à la tradition antique, qui est la tradition humaine, et comment ils achèvent de montrer que le kantisme et l'humanisme sont deux conceptions inconciliables.