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LA MORALE DE KANT ET LES GRANDS S1"STÈMES IDÉALISTES

DU XVIIe ET DU XVIlIe SIÈCLES

Il ne peut pas être question d'exposer ici, même dans leurs lignes générales, ces grandes doctrines morales, dont l'interprétation exacte n'est pas toujours sans soulever des difficultés et dont les relations avec les systèmes métaphysiques de leurs auteurs nous entraîneraient fort loin. Ce qu'il importe seulement de montrer (et il est facile de le faire sans entrer dans aucune controverse), c'est que <lans ses caractères essentiels, la morale de Kant a pris exactement le contre-pied de la tradition philosophique classique.

J'examinerai brièvement à ce point de vue, dans leurs rapports avec les grandes morales idéalistes du xvii« et du xvm« siècles les fameuses distinctions kantiennes de la forme et de la matière' de la raison pratique et de la raison théorique, de l'homme et de l'univers, de la vertu et du bonheur, et enfin la conception même de 1 obligation morale.

Dualisme dr la forme et de la matière.

Le principe moral, nous l'avons vu, est exclusivement pour Kant dans la forme a priori, universelle et nécessaire, des maximes non contradictoires, en vertu desquelles se déterminerait la volonté; ce qu'il appelle la matière de ses maximes, motifs et mobiles' raisons et sentiments, sont pour lui indifférents au point de vue moral ; il les met tous à ce point de vue sur le môme pied.

Voyons ce qu'ont enseigné à ce sujet chacune des grandes pliilosophies qui lui sont antérieures.

La conception de la morale dans Descartes, telle qu'il Ta exposée S ^ est (( d'avoir une volonté ferme et constante d'exécuter tout ce que nous jugerons être le meilleur et d'employer toute la force de notre

e i^escartes s il 1 avait exposée... autrement qu'il ne l'a fait.

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entendement à en bien juger'. » Il y a donc, pour lui, deux éléments de la vertu : un jugement consistant à discerner ce qm est le meilleur et un acte de la volonté qui s'y conforme d une façon

constante. * . , , r i • »

Le meilleur ou a le souverain bien, considère par la raison naturelle sans la lumière de la foi, n'est autre chose que la connaissance de la vérité par ses premières causes, c'est-à-dire la sagesse dont la philosophie est Tétude'. »

Qu'est-ce que la sagesse? « Par la sagesse, on n'entend pas seulement la prudence dans les affaires, mais une parfaite connaissance de toutes les choses que l'homme peut savoir, tant pour la conduite de sa vie que pour la conservation de sa santé et l'invention de tous les arts\ » Et Descartes nous trace un tableau du savoir humain, qui se résume pour lui en une admirable unité : à la base sont des règles pratiques et provisoires pour la conduite de la vie, « à cause que cela ne souffre point de délai », puis viennent la logique, non pas celle de l'École, qui n'est qu'une dialectique enseignant ce que l'on sait déjà, mais « celle qui apprend à bien conduire sa raison pour découvrir les vérités qu'on ignore», la métaphysique et la physique, qui nous enseignent la nature de l'univers et des corps. « En suite de quoi il est besoin aussi d'examiner en particulier la nature des plantes, celle des animaux et surtout celle de l'homme, afin qu'on soit capable par après de trouver les autres sciences qui lui sont utiles. Ainsi toute la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique et les branches, qui sortent de ce tronc, sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir: la mécanique la médecine et la morale ; j'entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse \ »

On voit à quel point la morale est subordonnée pour Descartes.

Rien de plus étranger à ^a pensée que d'en faire un système de notions a priori et isolées du reste du monde.

Cette plus haute et parfaite morale, Descartes en a pose les

KANT ET LA MORALE CLASSIQUE

1. Lettro du i5 mai lO'.S à la princesse Elisabeth, lettre V, t. I, édition in-4

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