‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 157 sur 312 · Les passions de Vâme, III, § an · texte numérisé non relu

Les passions de Vâme, III, § an

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FvANT ET LA MORALE CLASSIQUE

Par passion de rame, Descaries entend tous les sentiments^ mais il n'élimine pas pour cela ce qu'il appelle les passions du corps, c'est-à-dire les besoins plus purement physiques ; malgré sa distinction de l'étendue et de la pensée, il ne relègue pas ces passions, au point de vue moral, dans un monde à part : « Le vrai usage de notre raison pour la conduite de la vie ne consiste qu'à examiner et considérer sans passion la valeur de toutes les perfections, tant du corps que de l'esprit, ... afin qu'étant ordinairement obligés de nous priver de quelques-unes pour avoir les autres, nous choisissons toujours les meilleures ; et pour ce que celles du corps sont les moindres, on peut dire généralement que sans elles il y a moyen de se rendre heureux. Toutefois je ne suis point d'opinion qu'on les doive entièrement mépriser, ni même qu'on doive s'exempter d'avoir des passions, il suffît quon les rende sujettes à la raison; et lorsqu'on les a ainsi apprivoisées, elles sont quelquefois d'autant plus utiles qu'elles penchent plus vers l'excès^. »

On voit que Descartes reste entièrement fidèle à la tradition antique dans sa détermination do la vertu. On représente généralement sa doctrine comme très voisine du stoïcisme. Voici cependant ce qu'il nous dit de Zenon : « Il a représenté cette vertu si sévère et si ennemie de la volupté,... qu'il n'y a eu, ce me semble, que des mélancoliques ou des esprits entièrement détachés du corps qui aient pu être de ses sectateurs - ». Descartes s'élève au-dessus de la doctrine du juste milieu d'Aristote, il rejoint Platon et, en admettant l'excès, pourvu qu'il soit toujours dirigé, il dépasse même la morale antique dans le sens même où elle s'oppose au kantisme.

Spinoza ne voit pas les choses autrement. 11 ne s'arrête même plus en morale à la distinction de l'âme et du corps, qu'il compare aux qualités occultes de l'École. La moralité est toujours pour lui la conduite des passions par la raison et le mécanisme de cette conduite consiste à faire dévier en quelque sorte la passion d'une idée fausse sur une idée vraie, de ce qu'il appelle une idée inadéquate sur une idée adéquate. « J'appelle moralité le désir de faire le bien, qui tire son origine de ce que nous vivons sous la conduite de la raison \ » Spinoza distingue la passion qui est un appétit irréfléchi

1. Lettre à la princesse Elisabeth du i*^»" juin i645, VI, t. I de l'édition in-4°.

2. Lettre à la princesse Élisabclli du i5 mai i6A5, V, t. I de l'édition in-4*^-

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