‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 158 sur 312 · Ethique, IV, proposition XXXVII, scolie I · texte numérisé non relu

Ethique, IV, proposition XXXVII, scolie I

et Uaction qui est un appétit dirigé par la raison. Mais la distinction n'a rien de radical, aa contraire: « Il faut noter, avant tout, nous dit -il, que c'est par un seul et même appétit que l'homme agit et qu'il pâtit*. » Car l'unité de toutes les facultés de l'homme est plus profonde dans Spinoza que dans Descartes. L'homme ne fait même qu'un pour lui avec le monde, qui est constitué par une substance unique, à la fois étendue et pensée, et dont les diverses individualités ne sont que des modes. La diff'érence essentielle entre Spinoza et Descartes, comme entre Spinoza et l'antiquité, est la rigoureuse unité de sa conception, unité qui ne se fait pas précisément par l'intelligence, par les idées pures de la raison, mais par une sorte de force centrale, une piiissance de volonté, infinie en tous sens, en dehors de laquelle rien n'existe, cause efficiente de toutes choses, qui tire d'elle-même la multiplicité de ses attributs et de ses modes. Mais par là Spinoza rejoint en un sens les anciens, car chacun de ces modes a son être propre et la fin morale de l'homme est, essentiellement et avant tout, de persévérer dans son être et de le réaliser tout entier.

Malebranche est revenu à la tradition platonicienne, ou plutôt néo-platonicienne, qu'il interprète dans un esprit cartésien et en même temps très personnel. Comme Platon, il croit qu'il existe des êtres indépendants des choses et de la nature de l'homme : les idées, qui sont les êtres par excellence, les modèles éternels de toute réalité. Pour Platon ces idées étaient supérieures aux dieux et au démiurge, le premier des dieux auquel elles ont servi de modèle pour organiser le monde. Avec Plotin et saint Augustin, Malebranche incorpore les idées en Dieu et en fait les idées de son entendement ; elles sont en lui, elles sont Dieu même. Empruntant à Descartes la distinction de l'étendue et de la pensée, il constitue avec elles les attributs de Dieu. Dieu pense et Dieu est étendu. En même temps Dieu est une volonté et, en tant que volonté, il s'aime infiniment lui-même. Son intelligence consiste à connaître, sa volonté à aimer.

Notre connaissance n'est que notre participation aux idées éternelles de Dieu : c'est la fameuse théorie de la vision en Dieu. Notre volonté est l'action qu'exerce en nous la volonté de Dieu; cette

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