‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 160 sur 312 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

volonté qui fait l'ordre de la nature pour la réparer et non pour la changer* ». .

On voit que Malebranche atténue autant que possible en morale la tendance dualiste du christianisme que Kantapousséeà l'extrême. La moralité consiste pour lui dans l'union avec la grâce divine, dans l'amour de Dieu et de l'ordre qu'il a institué. Elle ne consiste pas à rejeter la nature, mais à en faire un bon usage et à rétablir ainsi l'ordre qui existait avant la chute, oii l'homme était dans la dépendance exclusive de Dieu au lieu de l'être de la nature corporelle. Bien plus, si nous nous laissons entraîner par notre amour pour le corps, cet amour même n'est pas mauvais en lui-même, car tout amour ne peut procéder que de Dieu : « on ne peut aimer le niai que parce qu'on le regarde comme un bien, que par 1-impression naturelle qu'on a pour le bien- », c'est Tamour détourné par erreur de son véritable objet. La vertu consiste donc à discerner le bien du mal, à éviter « de prendre par erreur le mal pour le bien'^ », à modérer nos passions, qui ne sont pas contraires au bien, ni en elles-mêmes ni par le sentiment qu'elles nous inspirent, mais qui favorisent nos erreurs, et à soumettre ces passions à notre volonté, de façon à faire régner en nous d'une façon habituelle et constante l'amour du bien, l'amour de Dieu.

Nous sommes ici un peu plus près de Kant qu'avec Spinoza et Descartes. Malebranche est un mystique, pour qui la fin véritable de la vie est l'union intime avec Dieu et avec l'ordre qu'il a institué. Il y a dans sa doctrine une vague. analogie avec l'idée de Kant que la moralité est essentiellement dans la détermination de la volonté par une loi. Mais les divergences sont profondes. Dieu est absolument distinct et indépendant de la volonté de l'homme, quoique rhomme 'participe de Dieu : c'est un être existant réellement et objectivement. L'amour de l'homme pour Dieu, qui] constitue l'essence même de la moralité, n'est pas une simple forme. C'est l'exercice même de l'intelligence de Dieu en nous, des idées de son entendement et de sa volonté, qui provoque nos sentiments, en tant qu ils ne se rapportent pas exclusivement au corps. Enfin, entre les passions qui naissent en nous à l'occasion du corps et les inclina-

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