‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 163 sur 312 · Lettre à Wolff · texte numérisé non relu

Lettre à Wolff

3. Science et méthode, I, chap. m, L'invention mathématique, 1908, p. 58.

conscience claire qui choisit, qui développe, qui porte la pensée à son achèvement. « Les vérités mathématiques dérivent d'un petit nombrede propositions évidentes par une chaîne de raisonnements impeccables *. » C'est la définition de toute vérité, a Certes, dit encore notre grand mathématicien philosophe, il y a dans l'homme d'autres forces que son intelligence, personne n'a jamais été assez fou pour le nier. Ces forces aveugles, le premier venu les fait agir ou les laisse agir... Le cœur, l'instinct, peuvent guider Tintelligence, mais non la rendre inutile ; ils peuvent diriger le regard, mais non remplacer l'œil. Que le cœur soit l'ouvrier et que l'intelligence ne soit que l'instrument, on peut y consentir. Encore est-ce un instrument dont on ne peut se passer, sinon pour agir, au moins pour philosopher. C'est pour cela qu'une philosophie vraiment anti-intellectualiste est impossible. Peut-être devrons-nous conclure au « primat » de l'action ; toujours est-il que c'est notre intelligence qui conclura ainsi ; en cédant le pas à l'action, elle gardera encore la supériorité du roseau pensant. C'est là aussi un « primat » qui n'est pas à dédaigner... Par définition, pour ainsi dire, la science sera intellectualiste, ou elle ne le sera pas^ »

Kant, au contraire, a aflirmé le primat de la raison pratique sur la raison théorique, dans le domaine même de la philosophie. Sa raison pratique a la prétention d'être une raison dont les affirmations seraient des faits premiers, comme les catégories de l'esprit, ou des postulats comme ceux des mathématiques ; elle cherche à dissimuler sa véritable nature. C'est là qu'est le fait nouveau et funeste : car cette raison n'est autre chose qu'une foi déguisée qui ne veut pas se reconnaître et s'avouer. Là est l'origine des déviations les plus caractéristiques et malheureuses de la pensée moderne, déviation de la foi et déviation de la philosophie.

Dualisme de l'homme et de l'univers.

Je ne m'arrêterai pas longtemps sur le dualisme que Kant a établi entre l'esprit de l'homme et l'univers. Seul pour lui l'homme connaît par les formes a priori de la sensibilité et de l'entendement. La raison est pour lui quelque chose de sublime,

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