Les passions de l'âme, II, i
à. Lettre du i5 mai i645 à la princesse Elisabeth, V du t. I de l'édition in-^o.
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Pour lai rhomme est constitué tout entier par son désir de la vie et la vie est Pépanouissement de toutes nos facultés dans l'action et dans la joie. C'est ce qu'il exprime, dans la conclusion même, la dernière proposition de Y Éthique : « La béatitude n'est pas le prix de la vertu (beatitudo non est virtutis prœmmm), elle est la vertu elle-même (sed ipsa virtus) ; ce n'est pas parce que nous maîtrisons nos appétits sensuels que nous jouissons de cette béatitude (nec eadem gaudemus quia libidines coercemas), mais bien, au contraire, parce que nous jouissons d'elle que nous sommes capables de les maîtriser (^sed contra quia eadem gaudemus, ideo libidines
coercere possumusy . »
Dans l'exposé de cette proposition, Spinoza nous explique, et ce sont les derniers mots de son Éthique, ce qui distingue le sage, c'est-à-dire l'homme vertueux, de celui qui ne l'est pas. Gelui-ci est ballotté en tous sens par les causes extérieures et ne possède jamais le contentement de l'âme, il est dans une sorte d'inconscience de lui-même, de Dieu et des choses; il est privé de la véritable réaUté. Le sage, au contraire, conscient de lui-même et de l'univers, ignore le trouble intérieur et possède la plémtude de
Têtre dans le bonheur. ^
Pour Malebranche, le fondement de la morale ne peut être qu en Dieu, conçu non plus comme identique à l'univers, ainsi que le représente Spinoza, mais comme indépendant. La vertu est, pour Malebranche, Tamour dominant et habituel de Dieu, mais cet amour est le bonheur même. Tous les devoirs envers soi-même, aussi bien que ceux que nous devons au prochain, se ramènent a cet amour. « Les devoirs que chacun se doit à soi-même, aussi bien que ceux que nous devons au prochain, peuvent se réduire en général à travailler à notre bonheur et à notre perfection : à notre perfection, qui consiste principalement dans une parfaite conformité de notre volonté avec l'ordre (établi par l'entendement de Dieii), à notre bonheur qui consiste uniquement dans la jouissance dos plaisirs, j'entends de solides plaisirs et capables de contenter un esprit fait pour posséder le souverain bien^ . » L'esprit voit clairement ceci : qu' « il faut se soumettre intérieurement à la loi divine