‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 166 sur 312 · I. Ethique, V, proposition ^Q · texte numérisé non relu

I. Ethique, V, proposition ^Q

a. Traité de morale, II, xiv, i

KANT ET LA MORALE CLASSIQUE

pour être solidement heureux; cela est de la dernière évidence*. » Et dans la conclusion de son Traité de morale — ce sont ses derniers mots — il nous dit que ce qu'il a prétendu exposer, ce sont : « les principes généraux sur lesquels chacun est obligé de régler sa conduite pour arriver heureusement au lieu véritable de son repos et de ses plaisirs^ » Le lieu véritable de son repos et de ses plaisirs, c'est une formule épicurienne I Malebranche, théologien de la congrégation de l'Oratoire, le plus métaphysicien et le plus religieux des philosophes cartésiens, promet à l'homme vertueux le bonheur ici-bas et ne distingue pas la réahsation de la vertu de celle du bonheur.

Leibniz n'a pas pensé autrement. L'idée maîtresse de sa morale est celle du développement de l'homme et de la perfection qui lui est propre; le signe de cette perfection est la joie et ce perfectionnement lui-même est le seul moyen d'atteindre sûrement la féhcité. C'est toujours le même point de vue. Ce qui est spécial à Leibniz, c'est son idée de la tendance, qui est le ressort de toutes choses et fait passer chacune des monades d'un état imparfait à un état plus parfait, jusqu'à l'état le plus parfait qui puisse être atteint par chacun en ce monde, le meilleur des mondes possibles. C'est pourquoi le bonheur ne peut être pour lui un état achevé : « Notre bonheur ne consistera jamais et ne doit pas consister dans une pleine jouissance oii il n'y a plus rien à désirer et qui rendrait notre esprit stupide, mais dans un progrès perpétuel à de nouveaux plaisirs et à de nouvelles perfections ^ » Le premier stade de sa morale est le perfectionnement de soi-même; plus on se perfectionne, plus on se réjouit et ce perfectionnement même nous invite à viser plus haut. La fin la plus élevée de notre nature est l'amour des autres et celui de Dieu. Par l'amour des autres, on ajoute à sa perfection et à son bonheur, en prenant sa part de leur perfection et de leur bonheur. L'objet suprême de l'homme est l'amour de Dieu ; cet amour nous fait participer, autant qu'il est possible, à l'être suprême, qui, dans la hiérarchie de l'univers, est la limite, Tachèvement complet de la perfection et du bonheur. Les « bons », dit Leibniz, sont « ceux qui aiment et qui imitent comme il faut

Page 1