‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 169 sur 312 · Ibid., II, XI · texte numérisé non relu

Ibid., II, XI

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ayant faits pour être heureux en l'aimant, il ne nous a pas donné de mouvement pour nous séparer de lui, mais pour nous unir à lui*. »

Voilà pour l'amour; voici maintenant pour la raison: « Aussi, quoiqu'il suffise pour être juste et agréable à Dieu que l'amour de l'ordre soit notre habitude dominante, néanmoins, pour être parfait, il faut savoir régler cet amour par la connaissance exacte de ses devoirs. On peut même dire que celui qui néglige ou méprise cette connaissance n'a nullement le cœur droit, quelque zèle qu'il sente en lui pour l'ordre. Car enfin l'ordre veut être aimé par raison et non point uniquement par l'ardeur de cet instinct, qui remplit souvent de zèle indiscret des imaginations trop vives et tous ceux qui, n'étant point accoutumés à rentrer en eux-mêmes, prennent à tous les moments les aspirations secrètes de leurs passions pour les raisons infaillibles de la vérité intérieure^ »

Ainsi l'amour à lui seul est confus. Il est capable d'induire en erreur, il doit être dirigé par l'exercice de la raison. « Ceux qui ont de l'esprit... sont criminels devant Dieu s'ils entreprennent quelque dessein sans le consulter, je veux dire sans consulter la raison, quelque ardent que soit le zèle qui les transporte. Car il faut s'accoutumer à discerner les réponses de la vérité intérieure, qui éclaire l'esprit par iévidence de ses lumières, du langage et des secrètes aspirations des passions qui le troublent et le séduisent par des sentiments vifs et agréables, mais toujours obscurs et confus". »

« L'amour de l'ordre exige trois conditions, afin qu'une action lui soit conforme : la première, qu'on examine autant qu'on est capable l'action en elle-même et les circonstances; la seconde, qu'on suspende son consentement jusqu'à ce que l'évidence remporte...; la troisième, qu'on obéisse promptement, exactement et inviolablement à l'ordre connu*. »

C'est le principe même de Descartes : « exécuter tout ce que nous jugeons être le meilleur et employer toute la force de notre entendement à en bien juger"^. »

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