The descenl of man, iS']t, part. I, ch. iv
2. Par exemple: E. VVestermarck, The origin and development of the momi ideas, Londres, Macmillan, a vol., 1908. . , , ,.. j ' x»:^„p r t
3. Cette école, malgré l'usage qu'elle a su faire de la méthode génétique et expérimentale, s'est trop souvent placée en dehors de l'évolutionnisme ; e Ho a été orientée par son fondateur dans la vole d'une métaphysique qui ressemo^ beaucoup au kantisme. Il est à souhaiter qu'elle réagisse contre 1 abus des sys -
de ces morales est essentiellement celle des sciences d'observation, qui cherchent, non seulement à connaître ce qui est, mais encore à prévoir ce qui sera. Elle recherche l'origine et l'évolution des notions morales qui se sont fait jour dans divers milieux, en étudiant le développement progressif des sociétés primitives et leur passage à la civilisation, telle que nous la comprenons. Elle pense en même temps pouvoir déterminer ainsi plus sûrement, plus positivement, les fins qu'une société déterminée doit se proposer, en définissant par la psychologie, l'histoire et la sociologie, les grandes directions que les notions morales ont prises dans les groupes sociaux du monde civilisé.
Cette idée d'évolution n'était pas étrangère aux morales antérieures. Avant de se figer dans certaines formules trop arrêtées de la morale platonicienne et aristotélicienne (dont la métaphysique affirmait arbitrairement la supériorité, la dignité suprême du repos sur le mouvement, de l'immobilité sur le devenir), l'antiquité avait connu avec Heraclite et Démocrite, par exemple, l'importance de l'idée de changement et cette idée avait pris une force nouvelle dans le stoïcisme et l'épicurisme. Lucrèce a même exprimé d'une façon précise l'idée d'évolution. Mais ce n'étaient encore que de simples vues de l'esprit; elles ne sont devenues vraiment fécondes que lorsqu'elles se sont appliquées directement à l'étude de la réalité.
Ces morales sont donc fondées sur des méthodes et des conceptions complètement étrangères au kantisme ; car le kantisme, bien plus encore que le platonisme et l'aristotélisme, est une philosophie de l'impersonnalité et de l'immobilité absolues.
L'indépendance à l'égard de la théologie est un second caractère de ces morales. Elles ont voulu s'affirmer en dehors de toute idée de Dieu et de l'immortalité de l'âme ; certaines d'entre elles ont même cherché à se rendre indépendantes de toutes considérations trop générales sur l'origine et la fin de l'univers et de l'homme, et à faire de la morale une sorte de science particulière ; c'est le sens technique de l'expression : morale indépendante. Mais elles n'excluent pas nécessairement ces considérations et ne contestent pas qu'une morale puisse s'achever par une doctrine de Dieu et
matisations abstraites et toutes subjectives et qu'elle rompe plus nettement avec les méthodes métaphysiques dont elle a subi l'influence.
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de la vie future ou se rattacher à des conceptions plus vastes sur le monde; ces conceptions ne peuvent être toutefois pour elles qu'un achèvement, un couronnement: l'existence même de la morale n'en dépend pas.
Or, si l'on examine avec quelque attention les principes strictement moraux de l'antiquité et même ceux de la morale classique, on s'aperçoit que ce point de vue était bien déjà le leur. Comme je l'ai déjà dit, on peut exposer toute la morale du plus métaphysicien et du plus religieux des moralistes antiques, de Platon, sans faire le moindre appel, ni même une allusion à Dieu et à l'immortalité de Tàme, aux idées pures et au monde suprasensible. Il n'en est pas autrement dans la morale aristotélicienne, qui est complètement indépendante de la théorie du moteur immobile. On peut en dire autant, à plus forte raison, de la morale stoïcienne et de celle de Spinoza, qui, dans l'avant-dernière proposition de son Éthique a posé le principe même de l'indépendance de la morale à l'égard de toute la théologie : « Quand même nous ne saurions pas que notre âme est immortelle, la moralité et la religion et tout ce que nous avons démontré qui se rapporte à la fermeté de l'âme et à la générosité ne laisseraient pas d'être le premier objet de la vie humaine \ »
La morale de Descartes est absolument distincte de sa métaphysique; il en est de même de celle de Leibniz. Dans Malebranche (quoique ici la tâche soit plus délicate), il est facile, comme dans la théologie chrétienne elle-même, de faire le partage de ce qui, en morale, vient de la raison naturelle et de ce qui vient de la révélation.
Les morales modernes, qui sont restées libres de toute attache avec le kantisme, n'ont donc fait qu'accentuer cette attitude de toutes les morales philosophiques antérieures.
Kant, il est vrai, semble avoir cherché aussi à constituer sa morale d'une façon purement philosophique, par la seule raison. S'il en était vraiment ainsi, il n'aurait rien innové à ce point do vue. Mais l'innovation de la morale kantienne est, en réalité, en sens opposé. Au fond, cette morale n'a pas fait autre chose que rationaUser le piétisme, qui florissait à Kœnigsberg, et dont Kant