‹ Morale Kantienne et morale humaine [microform]Chapitre 180 sur 312 · I. Ihid.y p · texte numérisé non relu

I. Ihid.y p

a. Cours de droit naturel Paris, Hachette, 1 833-1 834, 5« édit., 1876, t. II, p. 379,

3. La morale, Paris, Delagrave, 187/4, p. 675. /|. Cousin, loc. cit., p. 3G7.

du commandement de personne à personne; ils ont tous ignoré le concept, soi-disant philosophique, d'une loi morale. Les anciens n'ont même pas connu le mot dans son acception philosophique. Le terme de nomos est pour eux synonyme soit de loi divine, soit de loi civile, et, lorsqu'ils emploient parfois celui de loi non écrite, nomos afjraphos, ils le prennent toujours dans le sens social de coutume et d'usage*. lien est de même des philosophes classiques; je l'ai montré tout au long. Ni Descartes, ni Malebranche, ni Leibniz, lorsqu'ils restent sur le terrain philosophique, n'ont recours à la loi morale et nous avons même vu Spinoza déclarer expressément que Ton ne peut arriver à l'idée d'obéissance à une loi, que Ton ne peut passer de l'idée de bien à celle de la loi que par la révélation', et, dans celte acception, la loi n'est autre chose pour lui que la loi divine.

Cette conception de la loi morale n'apparaît donc dans l'hisloire tle la philosophie qu'avec Kant, et les éclectiques sont d'autant moins excusables de l'avoir adoptée sans discussion, que les philosophes antérieurs, auxquels ils ont emprunté tant d'éléments, l'ont ignorée ou même formellement repoussée.

La faute qu'ils ont commise est d'ailleurs plus grande que celle de Kant; car à pei'^.e ont-ils posé cette conception nouvelle, qu'ils veulent s'y soustraire; ils se mettent alors en contradiction avec eux-mêmes et avec l'esprit et la lettre du kantisme.

Si cette loi obligatoire est vraiment le principe même de la moralité, il faut, en effet, avec Kant, l'élever au-dessus de tout autre principe et notamment lui subordonner Tidée du bien. Une fois le point de départ admis, il ne reste pas d'autre parti. Et c'est ainsi, nous l'avons vu, que pour Kant le bien se définit: ce qui est conforme a la loi du devoir, que pour lui le bien est ce que commande la loi.

Les éclectiques n'ont pas voulu aller jusque-là. Ils ont perçu l'absurdité de cette conséquence. Mais ils n'ont pas vu que l'absurdité était déjà installée dans les prémisses. Ils ont rejeté la consé-quence; s'ils avaient été logiques, ce sont les prémisses mêmes qu'ils auraient repoussés. Mais leur méthode était une méthode de

I. Qu'on me permette de me couvrir sur ce point de l'autorité de Brochard,, le plus pénétrant analyste de la morale hellénique : La morale ancienne et la innrale moderne, dans Revue philosophique, 1901, t. I, i, p. 3.

■i- Plus haut, p. 293.

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conciliation. Il leur fallait prendre quelque chose à tous les grands systèmes; ils ne pouvaient pas laisser Kantde côté. C^est, en effet, répoquc où la métaphysique allemande commence à étouffer en France les idées claires et distinctes de Descartes, de notre xvir cl de notre xviii® siècle, où les idées obscures commencent à paraître empreintes d'une profondeur, inconnue au génie des anciens et au véritable esprit philosophique. Kant est devenu « le plus granti métaphysicien des temps modernes », si grand que « pour trouver un génie philosophique qui l'égale, il faut remonter jusqu'à Aristote'. » Mais Kant contredit la tradition; il faut le concilier avec elle; tel est le but que l'éclectisme se propose, et voici ce qu'il a trouvé.

Le bien obligatoire.

C'est Cousin qui est l'inventeur du système. Il distingue le bien du beau et du vrai. Le bien est une entité sui generis, comme le beau et le vrai, que la raison perçoit par une sorte d'intuition el qui a des caractères propres. Parmi ces caractères se trouve l'obligation. Le beau séduit, le vrai persuade, le bien oblige. « Le bien, si essentiellement uni au vrai, s'en distingue, en ce qu'il est la vérité pratique. Le bien est obligatoire. Ce sont deux idées indivisibles, mais non identiques, car l'obligation repose sur le bien : dans cette alliance intime, c'est à celui-ci que celui-là emprunte son caractère universel et absolu. Le bien obligatoire c'est la loi morale. Là est pour nous le fondement de toute morale ■. » Le bien est donc une vérité d'une espèce particulière, une vérité pratique. La vérité théorique entraîne l'adhésion de l'esprit, on ne peut pas se refuser de Tadmettie quand on l'a conçue. Il n'en esl pas de même de la vérité pratique: elle oblige, elle conlrainl, comme le fait une autorité qui commande et dont on est libre d'accepter ou de rejeter les ordres. Si ces ordres étaient parfailemenl conformes à la raison, celle-ci ne pourrait que les adopter en vertu de l'évidence; mais le bien n'agit pas de la sorte, il est une forme spéciale de la raiï^on.

C'est une conception très singulière et toute nouvelle. L'idée

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